Texte - +
Imprimer
Reproduire
vontobel dimanche 19 février 2012

«La clientèle américaine est un pilier solide de la banque»

Zeno Staub, président de la direction du groupe Vontobel

Zeno Staub, président de la direction du groupe Vontobel

Pour son responsable, Zeno Staub, le fait que la banque Vontobel soit habituée à travailler avec les autorités américaines représente un avantage certain. Il prévoit une forte transformation de la place suisse

Zeno Staub, 43 ans, préside depuis mai 2011, la direction du groupe Vontobel, lequel a publié ses résultats jeudi. L’institut, qui a surpris avec un afflux d’argent frais de 8,2 milliards de francs, ne fait pas partie des 11 onze banques suisses dans le viseur des autorités américaines.

Le Temps: Vous vous attendez à une vaste transformation de la gestion de fortune. Que prévoyez-vous exactement?

Zeno Staub: Dans la gestion de fortune, la question consiste à anticiper le paysage qui se dessinera d’ici cinq ans. La réussite dépendra de trois points. Le private banking doit tout d’abord disposer d’un conseil et d’un service de placement de première classe, avec des compétences en placement absolument compétitives. Il faudra également offrir un service qualité, orienté sur le client, multilingue. Enfin, il faudra maintenir la sphère privée des clients.

Où se situe Vontobel face à ce triple objectif?

– Nous avons débuté tôt notre adaptation et sommes peut-être les premiers sur la place zurichoise à agir de façon conséquente dans la gestion fiscale des clients allemands. Sur le premier point, nous employons déjà un modèle intégré dans le conseil orienté sur le client (advisory) offrant l’accès à une gestion compétente en fonds de placement et en produits structurés. Sur le deuxième point, il appartiendra au client de se prononcer, mais nous sommes en bonne voie. Enfin, sur la sphère privée, nous jouons avec les règles du marché et nous nous y conformons totalement.

– Dans le conseil, n’avez-vous pas démarré plus tard que la concurrence?

– Cela dépend des domaines de compétences. À l’avenir, il faudra offrir des solutions d’investissement spécifiques, du processus de conseil au choix des produits en passant par la gestion de portefeuille et la présentation des résultats («reporting») en respectant les exigences locales. Nous n’avons sans doute pas été les premiers, mais, compte tenu de notre taille, nous avons déjà une position satisfaisante avec notre système informatique. Vous ne pouvez maîtriser ces questions qu’avec des investissements importants, mais nous avons les compétences requises.

– Sur le plan réglementaire, la dernière piste consiste à demander des clients une déclaration de conformité fiscale. L’approuvez-vous?

– L’environnement réglementaire est un domaine extrêmement complexe qui ne peut se résumer à la dernière idée en vogue. Toute solution doit résoudre trois problèmes clés, répondre aux questions du passé pour garantir la sécurité du droit, assurer la confiance entre les Etats parties d’un contrat pour que les relations futures se réfèrent exclusivement à de l’argent fiscalement déclaré, et troisième point, sous l’angle suisse, elle doit offrir aux institutions et aux employés, une protection solide par rapport aux affaires du passé. Ce sont trois défis majeurs et en dehors du concept d’impôt libératoire, je n’observe aucune autre solution complète répondant à ces trois points. Les discussions sont très complexes. L’idéal ne peut être garanti si toutes les deux semaines on met une nouvelle idée sur la table. Cela dépasse aussi les capacités de gestion de la sphère politique et la formation d’une opinion claire au sein du public. Plutôt que de se lancer dans de nouvelles expériences, il faut avancer avec l’impôt libératoire.

– La proposition de déclaration fiscale du client est-elle une idée à creuser?

– Chaque idée comporte des avantages et des inconvénients. Elle ne répond certainement pas aux trois questions clés. Nous ne pouvons sortir de ce problème fiscal international que si nous les abordons toutes les trois.

Êtes-vous de l’avis que les autorités politiques défendent la place financière avec la même force que le Premier ministre britannique pour la City?

– Il existe sans doute des places financières offrant une coopération plus étroite entre la place financière, l’opinion publique, la classe politique et les médias. En Suisse, nous avons la malchance de ne pas avoir réagi dans les années 1990 lorsque les liens se sont distendus. Beaucoup ne se sont même pas intéressés à cet aspect, à commencer par les grandes banques dans leur rôle de «global players». Aujourd’hui, il n’est pas aisé de définir une ligne commune en très peu de temps. Mais nous avançons sur cette voie et nous nous engageons dans les divers comités à cet effet.

Est-ce que votre clientèle américaine ne constitue pas un risque pour Vontobel?

– Non, nous servons cette clientèle depuis les années 1990, du courtage à la gestion institutionnelle. Nous avons développé à cet effet des entités spécialisées sous la surveillance de la SEC. Nous gérons 9 milliards de francs d’actifs avec les clients institutionnels américains. C’est un pilier solide de la banque. Par ailleurs, nous sommes habitués à travailler avec les autorités américaines. Nous avons aussi décidé de servir la clientèle privée américaine sous l’autorité de la SEC. Nous le faisons au sein d’une entité séparée avec des frontières bien définies face aux autres activités du groupe. Après les derniers événements, nous avons effectué de nouveaux contrôles et restons persuadés de la justesse de nos choix.

– Est-ce que la clientèle privée américaine en Suisse est un segment de croissance?

– Oui, nous avons dépassé la barre du milliard de francs sous gestion avec la clientèle privée américaine.

– Lorsque nous évoquons Vontobel, la première image est celle de la gestion de fortune. Pourtant le patron de Raiffeisen, qui détient une participation dans Vontobel, est intéressé pour vos produits financiers et semble ignorer le private banking. En bourse, où Vontobel, on s’aperçoit que la valeur du groupe, 1,6 milliard de francs, correspond soit à la valeur du private banking (2% des actifs), soit à la valeur des structurés et des fonds. L’une des deux opinions est fausse, laquelle?

– Nous nous considérons autant comme gérant de fortune qu’experts en produits financiers. Nous croyons au modèle intégré basé sur trois secteurs d’activité. Nous voulons offrir nos compétences de conseil, l’investissement actif et la structuration du risque/rendement, et les combiner pour les clients que nous gérons directement. Mais nous sommes également très intéressés à offrir nos produits et nos compétences à d’autres institutions et partenaires, les aider à gérer leurs clients finaux. C’est pourquoi nous voulons des produits qui convainquent les partenaires. La banque privée joue un rôle en tant que client de nos deux autres divisions. Et elle combine aussi les formes de services offerts aux clients. L’évaluation boursière du groupe ne peut pas être de mon ressort, mais de celui du marché.

– Est-ce que la reprise de Wegelin par Raiffeisen réduit vos perspectives?

– Au contraire. Ainsi que Pierin Vincenz l’a déclaré, nous sommes en dialogue. Notenstein appartient à Raiffeisen et offre ses conseils de gestion. C’est une formule «gagnant gagnant» pour nos produits.

– Mais n’êtes-vous pas concurrents des produits de Notenstein, y compris de sa filiale 1741 et de ses structurés?

– Nous avons une philosophie d’architecture ouverte mais, au sein du partenariat, nous assumons la fonction de centre de compétences.

– L’environnement s’est aussi compliqué dans les structurés, avec la volonté de la Finma de renforcer la protection du consommateur. Est-ce vraiment positif pour le secteur?

– Nous sommes favorables à un cadre juridique clair et transparent. Dans la revue des prospectus, nous avons reçu les meilleures notes de la Finma. Nous sommes convaincus que les produits structurés ont besoin d’un délai très court entre le développement de l’idée et la mise sur le marché. Cette condition devrait être maintenue.

– En Allemagne, quand serez-vous bénéficiaire?

– Nous y sommes actifs avec nos trois divisions et appartenons au Top 10 dans les structurés. Dans la gestion de fortune, le client peut être enregistré dans les deux pays. Nos affaires sont en expansion, comme prévu, mais les autorités ont accru les exigences réglementaires si bien que les coûts ont augmenté. Nous ne sommes donc pas encore rentables sur place.

– Avez-vous la taille critique?

– La taille critique est définie par le marché. Nous avons 10 milliards de francs sous gestion avec la clientèle allemande. Avec 1 ou 2 milliard supplémentaire en Allemagne, nous devrions devenir nettement bénéficiaires sur place sur ce segment.

– Malgré les discussions sur la Suisse et sur le secret bancaire, est-ce que la clientèle allemande place sa fortune en Suisse?

– Il faut faire fi des perceptions qui voudraient qu’on ne fasse confiance aux banques suisses que pour optimiser les impôts. Nous offrons des conseils en gestion et un service de qualité. Lorsque la discussion fiscale sera résolue, les affaires devraient s’accroître davantage.

– Il en va aussi de la performance, laquelle n’est pas assez bonne. Est-ce un handicap majeur?

– C’est un argument légitime que nous prenons au sérieux. Auparavant, il était plus facile d’être performant avec un rendement de 5% sur les obligations souveraines. Le défi d’obtenir une performance satisfaisante malgré la volatilité élevée et des taux bas, dans un environnement politique troublé, dépend beaucoup de l’allocation d’actifs. Nous investissons de façon conséquente dans la performance. La sphère privée n’est d’aucune aide sur ce plan. Nous sélectionnons les meilleurs produits et offrons une allocation d’actifs très diversifiée, en choisissant les thèmes porteurs des prochains mois, et en améliorant la gestion des risques. L’allocation d’actifs doit être bien plus active que dans le passé.

– Est-ce que les modèles de gestion se distinguent-ils complètement en Suisse d’une banque à l’autre?

– Tout à fait. Auparavant, tout le monde avait le même portefeuille. Aujourd’hui, chacun doit se différencier s’il veut appartenir aux gagnants de la restructuration de la place.

– Est-ce que la formidable transformation actuelle de la place suisse va maintenir le rythme actuel?

– Elle devrait au moins maintenir ce rythme, si ce n’est l’accélérer. La gestion de fortunes et l’asset managemen ne peuvent se comparer à l’industrie automobile. Le principe des économies d’échelle est totalement différent. Mais la taille critique s’est accrue avec la réglementation. Et il y aura surtout une nettement plus grande diversité des modèles de banques et des offres de produits.

– Les gérants indépendants subissent en vent contraire en raison de l’augmentation réglementaire. En profitez-vous?

– Selon nos indications, c’est au contraire un segment en croissance. Nous le considérons comme un segment empreint d’une grande vitalité même s’il est vrai que la taille critique va aussi augmenter. Nous offrons des services spécifiques à leur égard et notre croissance atteint 11% en 2011. Nous avons renforcé nos équipes à Genève à cet effet et établi une autre à Bâle. Notre objectif est d’appartenir au Top 5 en 2014.

– À Genève, quels sont les objectifs de Vontobel?

– Nous sommes très satisfaits des produits structurés. Nous sommes aussi actifs, depuis 1998, dans l’institutionnel où nous progressons. Il en va de même de la gestion de fonds. Dans la gestion de fortunes, nous en avons fait un siège des activités pour l’Europe de l’Est et la Russie. Et nous avons intensifié récemment le private banking pour la Suisse romande elle-même.

Reproduire
Texte - +