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scanner mercredi 17 mars 2010

Edelweiss.ch

Denis Duboule*

La Chine vient de séquencer le génome du panda géant. A la Suisse de se trouver un ADN maison

Il y a quelques semaines, le magazine Nature publiait la séquence ADN du génome du panda géant. Il était temps, avant que cet ours ne disparaisse, suite au trouble comportemental profond dont il souffre: il est végétarien. Rien de mal à cela, me direz-vous. Sauf que, comme tous les ours, les pandas sont bel et bien des carnivores, ils ne digèrent pas la cellulose et ne métabolisent que 15% des végétaux qu’ils ingurgitent. C’est comme si vous mangiez 100 petits pois pour en retrouver 85 intacts au fond des toilettes. Vous seriez donc obligé d’en consommer dix fois plus et c’est ce que font ces boulimiques, condamnés à bamboulotter à longueur de journée pour avoir la force de recommencer le lendemain.

Une société respectueuse de son environnement aurait tôt fait d’éradiquer ces bouffeurs impénitents qui, en refusant la moindre croquette de viande, sont devenus de vrais 4x4 alimentaires. Seulement voilà, cet animal étant le symbole du WWF, il est peu probable qu’un programme d’extinction soit mis sur pied. Ne reste donc que la modification génétique pour corriger ce défaut rédhibitoire, ce pied de nez à la nature qui illustre bien le grand foutoir de l’évolution du vivant; car disons-le clairement, si une force organisatrice supérieure se trouve derrière la création des animaux, sur ce coup-là, elle aura montré son incompétence.

Pourtant, l’enseignement principal de cet article ne se trouve pas dans cette longue mélopée d’ADN, il est ailleurs. Parmi les 130 auteurs de ce travail à l’avant-garde de la technologie, on note en effet la présence de 120 collègues chinois, dont une douzaine de «Li» et même un «Li» double (je n’invente rien). Quelques Anglo-Saxons complètent la liste, probablement pour corriger la syntaxe. Le message est clair; les pandas vivent en Chine, la Chine s’occupe des pandas. Une phrase inhabituelle est d’ailleurs rajoutée, spécifiant que ce travail étant publié sous licence, son éventuelle exploitation commerciale est interdite.

Le WWF a fait du panda le symbole de la lutte pour la biodiversité, la Chine en fait maintenant le symbole de sa nouvelle puissance scientifique; n’en doutons pas, elle tient le bambou. Dans cette guerre d’influences, la Suisse a pris beaucoup de retard, mais quel ADN pourrions-nous bien séquencer? Quel est donc le symbole actuel d’une Suisse vivante? Il y a bien le cervelas mais sa peau vient d’Amérique du Sud et son élevage en batterie est interdit. Ne reste guère que l’edelweiss pour un génome authentique, bien de chez nous. Alors vite, à nos séquenceurs, hâtons-nous avant qu’un autre fier peuple alpin ne nous inflige un camouflet autrement plus cruel que le naufrage du secret bancaire.

*Directeur du pôle Frontiers in Genetics.

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