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assistance au suicide jeudi 03 mai 2012

«Au lieu d’améliorer le suicide, améliorons la médecine»

Gian Domenico Borasio est titulaire à Lausanne de la seule chaire suisse de médecine palliative

Le Temps: On a parfois l’impression d’un dialogue de sourds entre les partisans du suicide assisté et les praticiens des soins palliatifs…

Gian Domenico Borasio: En ce qui nous concerne, nous espérons surtout ne pas être sourds aux besoins des patients. L’assistance au suicide et les soins palliatifs ont une magnitude très différente. La première reste un phénomène assez marginal, puisqu’elle ne concerne que 0,5% des décès. Les soins palliatifs généraux concernent toute personne qui ne meurt pas subitement, soit 95% de la population.

– Pourquoi la cause défendue par Exit est-elle dès lors si populaire?

– La peur est le moteur de ce mouvement – la peur de la perte d’autonomie, de la souffrance et de l’acharnement thérapeutique. C’est ce qui doit nous interpeller. Les gens veulent une sorte d’assurance sur la mort pour soulager cette peur. C’est compréhensible. Mais plutôt que d’améliorer le suicide, il est préférable d’améliorer la

médecine.

– Mais les gens cherchent une réponse immédiate.

Nous pouvons faire beaucoup plus pour convaincre la population que les soins palliatifs modernes permettent de réduire considérablement le risque de souffrance. Ils permettent d’accompagner la grande majorité des patients jusqu’à une mort sereine. Des études internationales montrent que les demandes de suicide assisté sont déterminées non par la douleur physique mais par la souffrance psychosociale et la perte du sens de la vie. Là il y a encore du travail à faire.

– Mourir dans la dignité, qu’est-ce que cela veut dire?

– La dignité, c’est ce qu’en dit le patient, il y a autant de définitions que de biographies. Aucune personne, discipline médicale ou association ne peut avoir le monopole pour la définir.

– Selon Exit, les soins palliatifs ne pourront être que «partiels» tant que l’assistance au suicide n’en fera pas partie…

– Je partage l’avis de la Fédération des médecins suisses: l’assistance au suicide n’est pas un acte médical. Par contre, j’espère qu’on arrivera bientôt à améliorer la formation des médecins pour qu’ils puissent tous être à même de bien accompagner les patients en fin de vie. Et cela, bien entendu, indépendamment de la décision finale des patients, qui leur appartient et qu ’il faut toujours respecter .

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