Texte - +
Imprimer
Reproduire
cinéma jeudi 28 juin 2012

Quand Nora rencontre son destin

(Lucas Jackson/Reuters )

(Lucas Jackson/Reuters )

Reine de la comédie romantique, Nora Ephron est décédée mardi à New York

Au commencement est l’orgasme. Explosif, tellurique. Et simulé. Par Sally (Meg Ryan) face à Harry (Billy Crystal), au milieu d’un restaurant new-yorkais. La scène marque les esprits. Chez Katz’s Delicatessen, une plaque commémore l’exploit. Meg Ryan devient une vedette. Et l’attention se tourne vers la scénariste de Quand Harry rencontre Sally, réalisé par Rob Reiner.

Née à New York en 1941, Nora Ephron a d’abord été journaliste, collaborant aux titres les plus prestigieux – New York Post, New York Magazine, Esquire. Ses essais à succès (A Few Words About Breasts, Crazy Salad) mettent un grain d’humour dans le dogmatisme féministe. Elle s’essaie au scénario en 1983 avec Le Mystère Silkwood, qui retrace le combat d’une ouvrière. Sur le tournage de ce drame, elle rencontre sa grande amie Meryl Streep à laquelle revient le rôle principal de La Brûlure, un film à résonance autobiographique: Nora Ephron y transpose l’échec de son mariage avec Carl Bernstein, le célèbre investigateur du Watergate au Washington Post.

Après le triomphe d’Harry, la scénariste passe derrière la caméra. Elle réalise Ma vie est une comédie, puis un nouveau succès phénoménal: Nuits blanches à Seattle, avec Meg Ryan et Tom Hanks, qui ne lésine pas sur la mélasse sentimentale. Un enfant arrange un rendez-vous galant pour son père, veuf inconsolable. La rencontre a lieu au sommet de l’Empire State Building, pendant la nuit de la Saint-Valentin. Aveuglée par ses larmes d’émotion, la critique américaine salue la réalisatrice comme «la femme qui fait des films de Woody Allen mieux que Woody Allen». Gros contresens, car les films du binoclard sont hantés par l’angoisse existentielle et le sentiment d’échec, tandis que ceux de sa concitoyenne ruissellent d’optimisme.

Glycémie élevée

Nora Ephron a un immense mérite. Elle a su imposer un point de vue féminin dans le cinéma américain qui, selon sa formule, tendait à penser qu’un film sur une femme luttant contre le cancer est «moins intéressant qu’un film sur un homme avec un ongle incarné». Elle a ouvert une brèche dans le bastion machiste d’Hollywood, s’imposant comme scénariste, réalisatrice, puis productrice de films «pour les femmes et sur les femmes».

Ces vertus ne suffisent à faire d’elle un génie du 7e art. Ses huit films sont effrontément truffés de bons sentiments avec supplément guimauve. «Une comédie romantique coûte beaucoup moins cher que la psychanalyse et ça met de bien meilleure humeur», disait la réalisatrice. Des œuvres comme Joyeux Noël, Michael ou Vous avez un message sont toutefois susceptibles de dérégler la glycémie des spectateurs. Nora Ephron est décédée de complications liées à une leucémie.

Reproduire
Texte - +