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espace samedi 14 septembre 2013

Des satellites pour ausculter la planète

Vue d’artiste de Sentinel-1. Ce satellite sera le premier du programme Copernicus à être lancé, au printemps prochain. (SA/P. Carril)

Vue d’artiste de Sentinel-1. Ce satellite sera le premier du programme Copernicus à être lancé, au printemps prochain. (SA/P. Carril)

Le programme Copernicus prévoit de mettre sur orbite de nouveaux satellites destinés à l’observation de la Terre. Il pourrait donner lieu à une série de services innovants liés à notre planète.

Observer la Terre sous toutes les coutures depuis l’espace, afin de mieux répondre aux défis auxquels notre planète est confrontée: voici l’objectif du programme européen Copernicus, dont les détails ont été présentés cette semaine à Edimbourg, en Ecosse, à l’occasion d’une conférence scientifique organisée par l’Agence spatiale européenne (ESA). Cet ambitieux projet, qui prévoit la mise sur orbite de plusieurs satellites au cours des années à venir, devrait permettre de développer un ensemble de nouveaux services, allant de la surveillance des pollutions à la prévision des crises alimentaires en passant par la gestion des catastrophes naturelles.

Initié il y a une dizaine d’années sous le nom de GMES («Suivi global pour l’environnement et la sécurité»), le projet européen a été récemment rebaptisé Copernicus en hommage à Nicolas Copernic, scientifique polonais du XVIe siècle célèbre pour avoir défendu l’idée que le Soleil (et non la Terre) se trouvait au centre de l’Univers. En juillet dernier, l’Union européenne a donné son feu vert au lancement concret de ce projet, en lui allouant une enveloppe de 3,8 milliards d’euros sur sept ans, soit l’équivalent d’environ 4,7 mil­liards de francs suisses.

«Le plus ambitieux programme existant d’observation de la Terre», selon les termes du directeur de l’ESA, Jean-Jacques Dordain, s’appuiera non seulement sur des capteurs installés in situ, sur terre, en mer et dans les airs, mais aussi en grande partie sur des données spatiales. Certaines seront fournies par des satellites déjà en place, d’autres proviendront d’une batterie de nouveaux satellites, mis en orbite spécialement pour Copernicus: les Sentinel.

Au nombre de cinq et pour certains composés de plusieurs modules, ces satellites seront équipés d’instruments d’imagerie et de mesure hautement perfectionnés, tels que des radars, altimètres et autres spectromètres. Grâce à ces outils, ils livreront des informations sur des caractéristiques terrestres aussi variées que la composition chimique de l’air, la couleur des océans, les températures de surface des terres et des océans, l’étendue des calottes glaciaires, etc. Le premier lancement prévu, celui d’un des deux modules de Sentinel-1, devrait avoir lieu entre mars et mai de l’année prochaine, les autres se succédant au cours des cinq années suivantes.

Spécifiquement conçus pour compléter l’offre des satellites existants, les Sentinel recueilleront des données de meilleure qualité et en plus grande quantité qu’actuellement. «Par exemple, le satellite d’imagerie haute résolution Sentinel-2 livrera des images tous les cinq jours, alors qu’actuellement il faut attendre 16 jours entre deux mises à jour avec le satellite Landsat», illustre Josef Aschbacher, responsable du programme Copernicus pour l’ESA.

A quoi ce foisonnement de nouvelles informations pourra-t-il servir? A tout, ou presque, si on en croit les porteurs du projet, qui anticipent des applications dans la gestion des terres, la surveillance des mers et de l’atmosphère, l’évaluation des changements climatiques, mais aussi dans la prise en charge des catastrophes naturelles et la sécurité.

Afin de démontrer l’intérêt de ces nouveaux services, divers programmes pilotes ont déjà été mis en place, à l’aide des satellites actuels. Présenté dans le cadre de la conférence d’Edimbourg, le projet MACC-II propose ainsi à ses usagers des informations et des prévisions sur la qualité de l’air autour du globe. Il a notamment permis de suivre les émissions de particules fines générées lors des incendies géants de Singapour en juin dernier.

Une autre application présentée à Edimbourg concernait la fourniture d’images de haute précision pour les interventions humanitaires. Récemment, une organisation s’est servie de ce type d’images pour suivre l’arrivée de réfugiés syriens dans un camp installé en Jordanie, et adapter son approvisionnement en eau en fonction des besoins.

Ces deux exemples ne sont qu’une illustration des applications attendues pour Copernicus. A l’avenir, ce programme pourrait aussi servir à repérer les pollutions en mer, à prévoir les épidémies de malaria, à évaluer la montée des océans ou encore à suivre la productivité agricole dans le monde pour prévenir d’éventuelles famines. «Notre objectif avec Copernicus est que les satellites ne soient plus utiles seulement aux scientifiques, mais qu’ils deviennent des outils opérationnels pour tout un chacun», indique Volker Liebig, directeur des programmes d’observation de la Terre à l’ESA.

Quid, cependant, de l’accès à ces informations? «Toutes les données de base fournies par Copernicus seront gratuites», précise Josef Aschbacher. Mais encore faut-il pouvoir les comprendre! Certaines applications spécifiques basées sur ces données seront fournies aux usagers au travers du programme Copernicus. Mais d’autres services, payants ceux-là, pourraient aussi être développés par des acteurs extérieurs au projet, puis proposés aux agences gouvernementales, aux sociétés privées ou au grand public. L’Union européenne voit d’ailleurs dans le projet Copernicus un important pourvoyeur de futurs emplois. A tout le moins, ce programme offrira une vision inégalée des processus complexes à l’œuvre sur notre planète.

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