Texte - +
Imprimer
Reproduire
scène mercredi 22 février 2012

La quête mélancolique

Omar Porras et Guilherme Botelho réunis sur un plateau? La rencontre entre le théâtre festif de l’artiste colombien et la danse énergique du Brésilien s’annonçait explosive

Omar Porras et Guilherme Botelho réunis sur un plateau? La rencontre entre le théâtre festif de l’artiste colombien et la danse énergique du Brésilien s’annonçait explosive. Nenni. Les Cabots est un hommage mélancolique à la scène. Une quête attachante de deux explorateurs du jeu qui retournent aux sources du rire et de la poésie. «Dans ce travail, raconte Omar Porras, chaque fois que je faisais du Porras ou que Gui faisait du Botelho, on écartait la proposition.»

Témoin de ce décentrement? L’absence de décor. Depuis toujours, les deux artistes se distinguent par leurs visuels spectaculaires. Vague de sable, requins géants ou pluie de feuilles A4 pour Botelho. Jeux d’ombres, forêts enchantées ou bar vintage pour Porras. Ici, le décor se résume à une table et une servante, cette ampoule sur tige qui sert de veilleuse dans les théâtres. Les lumières et le son habillent l’espace que les artistes occupent comme des visiteurs du soir, presque des ombres. Bien sûr, le spectacle n’est pas que crépusculaire. Après s’être jaugés, les clowns en costard entament des joutes burlesques où quand l’un rit, l’autre pleure. Regard ironique sur le rapport de force qu’implique tout travail artistique. Pas de parole, ou presque. Les frères ennemis se mesurent en mouvements autour du mobilier qui semble avoir une âme. Clin d’œil à Keaton et ses objets animés.

Le duo, qui bénéfice des conseils du dramaturge Mathieu Menghini et du décorateur Gilles Lambert, a la bonne idée d’effleurer le politique. De même que le rire est voilé, le drame de la dictature familier à ces artistes sud-américains n’est jamais asséné. Au bout de sa cravate qui fait laisse, Botelho est ce cabot que l’on maltraite. Et lorsque Porras refuse de manger la soupe idéologique, il est réduit au silence sans sommation… Le pincement, vif, se dissout aussitôt dans un extrait glamour d’un classique hollywoodien ou un pas de deux latino. Prodiges, abîmes, tremplin, ces deux-là subliment avec élégance les ressources du plateau.

Les Cabots, Théâtre Forum Meyrin, 22 au 25 fév., www.forum-meyrin.ch; Théâtre Sévelin, Lausanne, 15 et
16 mars, www.theatresevelin36

Reproduire
Texte - +