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Spécial marchés émergents lundi 28 novembre 2011

La redéfinition de la carte du risque

La croissance ralentit même en Asie. Mais les cours anticipent un scénario très pessimiste

La quête de valeurs refuges face aux risques d’éclatement de la zone euro et de contraction de l’économie mondiale s’est traduite par un retour à la maison de la plupart des investisseurs occidentaux. Ainsi les monnaies autant que les actions des pays émergents n’ont pas été à la fête en 2011.

L’idée de pays émergents bénéficiant d’une économie forte, mais soumis aux mouvements de mauvaise humeur des marchés financiers serait pourtant erronée. ­L’apparente sérénité des pays asiatiques est par exemple remise en question. La Chine traverse une phase difficile. Son formidable plan de relance de 2008 (550 milliards de dollars) s’est traduit par un boom de l’immobilier, des investissements aussi inutiles que coûteux et une hausse de l’inflation. Dès lors, les banques chinoises sont fragilisées par une montagne de crédits douteux. Et les autorités sont mises au défi de gérer un atterrissage en douceur qui soit, à la fois, assez restrictif pour calmer l’inflation et assez expansif pour que les PME obtiennent les crédits nécessaires à leur développement. L’équilibre n’est pas aisé. Les troubles sociaux s’accumulent, à l’image des grèves enregistrées à Shenzhen et à Dongguan. Les statistiques expriment ces zones d’ombre. Les ventes de maisons sont en recul de 25% et l’indice des directeurs d’achat signale une contraction de la production industrielle. La baisse des actions chinoises ne trompe pas. L’hiver s’annonce difficile.

Mais en 2011 le principal facteur de baisse des indices boursiers émergents a clairement été l’aversion au risque des investisseurs internationaux. Il s’exprime parfaitement à travers les mauvaises statistiques de l’industrie européenne des fonds de placement: après un apport de 96 milliards de dollars en 2010, les actions émergentes ont subi 40 milliards de sorties de fonds à la fin octobre. Ce résultat négatif est similaire à celui de l’année de la crise financière, en 2008, avec 49 milliards. Les marchés financiers ne réagissent donc pas uniquement à l’orientation du PIB. Car la croissance, même ralentie, reste sensiblement plus forte dans les pays émergents.

La confiance dans les actifs s’est envolée avec les promesses politiques non tenues, en Europe et aux Etats-Unis, et les craintes d’une contraction de l’économie mondiale ces prochains mois.

Les titres des pays émergents sont sans doute des actifs à risque. Mais il est incontestable que le risque souverain de la plupart des pays asiatiques est sensiblement inférieur à celui des pays d’Europe. Les grandes agences de notation hésitent pourtant à placer ces pays à leur juste valeur. La dette publique est très modérée dans les pays émergents et la plupart d’entre eux présentent de confortables excédents commerciaux et une inflation en baisse. Dans ces conditions, pourquoi Standard & Poor’s accorde-t-elle à la Corée du Sud un rating de A et à la Belgique celui de AA? Pourquoi l’Inde a-t-elle le même rating de BBB – que la Tunisie? et pourquoi, dans ces conditions, le Portugal et l’Espagne jouissent-ils ­encore d’un AA–?

Le risque de défaut est pourtant nettement plus diffus en Asie et dans certains pays d’Afrique et d’Amérique latine que dans l’Europe périphérique. Un meilleur risque de crédit et des perspectives de croissance à moyen terme plus solides que jamais devraient inciter les investisseurs à privilégier le risque obligataire émergent, notamment souverain. Les monnaies de ces pays sont également intéressantes, même si leur liquidité n’atteindra pas de sitôt celle du dollar. L’achat d’actions émergentes, après leur forte baisse, se justifie aussi dans une optique à moyen terme. Le rebond devrait pourtant attendre les premiers signes de reprise économique en Chine.

Dans la tourmente de cet hiver, n’oublions pas que les pays émergents disposent de deux atouts majeurs: une forte croissance et la reconnaissance des mérites de l’économie de marché.

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