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revue de presse jeudi 13 décembre 2012

La fin du monde ne serait pas imminente

(DR)

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Entre fariboles mayas et désir incontrôlable d’apocalypse, on attend le 21 décembre. La presse et le Net s’en donnent à cœur joie pendant qu’il est encore temps

Curieuse? Décalée? Ironique? On peine à trouver le bon qualificatif qui seyait ce jeudi à la couverture de L’Hebdo, annonçant son «dernier numéro avant la fin du monde». Entre esthétique maya et design apocalyptique, mâtiné de symbolique un poil franc-maçonne. Mais pour évidemment aussitôt démentir, en page 5, à la fin de l’éditorial de son rédacteur en chef, avec l’annonce d’une édition spéciale de fin d’année pour la semaine prochaine. A l’éventuelle intention de ceux qui auraient eu le malheur d’y avoir cru?

Si l’on en juge par l’article sur cette «invention des professionnels du marketing» – selon la comédienne Claude-Inga Barbey –, une «vendeuse à Montreux, joviale et souriante, y croit dur comme fer» – il y a bien là de quoi titrer «22, voilà le 21!», puisque ces «désirs d’apocalypse» ont pris rendez-vous vendredi prochain, le 21 décembre, ce qui devrait donc bien rendre possible et très probable la parution d’un nouvel Hebdo le jeudi 20…

Quand c’est l’heure…

Mais cessons de rire, car l’article injustement incriminé est en fait passionnant dans son déroulé quasi psychanalytique, qui fait le point sur ces «craintes avérées», ces «dénégations des spécialistes des Mayas», ces «récupérations commerciales» et ces «interprétations des artistes contemporains». Tous avatars de «la catastrophe finale», dont «la ligne rouge» varie mais face à laquelle Mme Barbey se dit de toute manière «prête à chaque minute. Quand c’est l’heure, c’est l’heure, comme dirait ma copine Doris.» Et pour se consoler, on peut toujours s’offrir une dernière tournante au fromage, comme le propose sur Google le site Mafondue.ch, prouvant s’il était encore nécessaire que tout cela n’est qu’un vaste business.

En fait, quoique la liste des prédictions apocalyptiques soit longue, selon Wikipédia, la vérité, comme l’a déjà expliqué Le Temps de manière scien – ti – fique, c’est que «la fin du monde a déjà commencé mais [que] l’agonie sera lente», renchérit l’Agence France-Presse dans une dépêche reprise un peu partout sur les sites d’information: «Astéroïde géant, pandémie virale, changement climatique, guerre nucléaire: calendrier maya ou pas, l’humanité n’a que l’embarras du choix en matière d’apocalypse, d’ailleurs déjà enclenchée depuis longtemps.» Et Libération a choisi quelques bonnes vidéos de YouTube sur ce thème. Qui fait plaisir, finalement, «tant qu’il est encore temps».

«Les accros à l’apocalypse»

Une fois que l’on sait cela et qu’on en mesure la (relativement faible, mais attention…) probabilité, il ne reste que l’imagination, et là, il y a de quoi «fasciner les accros à l’apocalypse», comme l’écrit le site Slate.fr. Alors, «allons-nous, oui ou non, tous mourir le 21 décembre 2012 comme l’aurait prédit le calendrier maya? Alignement maléfique du Soleil avec le centre de la Voie lactée; inversion des pôles magnétiques; collision de la Terre avec une planète; cataclysmes dont l’ouragan Sandy ne serait qu’un avant-goût…»

Bref, le clap de fin promis «par des experts et prophètes plus ou moins illuminés revêt des formes variées. Le mouvement New Age se focalise depuis la fin des années 70 sur cette date maya de fin du (d’un?) monde», qu’un article fascinant du Journal de Genève décryptait en 1957. Déjà. L’affirmation est «théorisée par Roger Argüelles dans son livre Le Facteur maya paru en 1987, mais qui ne pourra malheureusement jamais vérifier la véracité de sa thèse puisqu’il est mort l’an dernier».

Ce ne sera, dans l’autre monde, que le premier déçu. Car les Mayas, explique le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, «n’ont jamais prophétisé la fin du monde le 21 décembre 2012: pour ceux qui en douteraient encore, un institut scientifique français [le CNRS, en fait] a mis en ligne une vidéo qui, en quatorze minutes, balaie amalgames et approximations et décrit en détail le calendrier maya».

D’ailleurs, relève La Croix, le Père José Gabriel Funes, jésuite et directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican, assure lui aussi «que l’apocalypse n’est pas imminente. En première page de L’Osservatore romano du 11 décembre, il explique comment le message chrétien de la résurrection s’oppose aux prévisions de la cosmologie.»

«4 ahau 3 kankin»

Dans le fameux petit film du CNRS, l’archéologue, épigraphiste et spécialiste de l’écriture maya Jean-Michel Hoppan nous «aide à lever le voile en nous expliquant qui sont les Mayas et en nous faisant pénétrer dans leur système d’écriture et de calcul. En décrivant finement le fonctionnement complexe du calendrier maya, la vidéo permet de comprendre que la date «4 ahau 3 kankin» est la date de fin d’un grand cycle qui correspond, pour certains spécialistes, au 21.12.2012 de notre calendrier grégorien et marque le début d’une nouvelle ère pour les Mayas.» C’est ce qu’explique aussi un passionnant documentaire qui sera diffusé à la télévision sur RTS Un ce dimanche 16 décembre à 11h10.

Avec Michel Fugain

Et puis, finalement, si vous y accordez encore quelque crédit – «malgré les explications dites rationnelles et le fait que la prédiction annoncée ne se concrétise pas, certains y croient toujours», dit le gratuit Lausanne Cités –, il n’y a plus qu’à suivre les paroles de la chanson «L’arche de Noé» de Michel Fugain: «Un matin, on dira «Ce matin, il pleut», mais la pluie, ce jour-là, ce sera du feu! On verra tous les rats courir dans les rues, les agents et les gens s’en aller tout nus! Ha ha, c’est la fin du monde! Ha ha, tant pis pour le monde, ha ha. Mais comme on est des rigolos, hé!, on va refaire l’arche de Noé, c’est la meilleure solution contre les inondations et les bombardements d’électrons!»

A toutes, à tous, au risque de ne plus pouvoir transmettre ses vœux de bonheur pour 2013, on souhaite la plus belle des apocalypses possible…

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