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vie numé rique vendredi 04 janvier 2013

La bourde Facebook d’Ueli Maurer magnétise la sympathie!

«Je prends l’occasion de mon rencontre avec un ramoneur à Val Müstair pour vous expresser mes meilleurs vœux.» (DR)

«Je prends l’occasion de mon rencontre avec un ramoneur à Val Müstair pour vous expresser mes meilleurs vœux.» (DR)

En ce début d’année 2013, le président de la Confédération, Ueli Maurer, a décidé de marquer par un symbole convivial et ouvert sa présidence: il a inauguré une page Facebook. Et créé assez rapidement (volontairement ou non, on ne sait) un buzz auprès des Suisses romands

C’est en fanfare qu’Ueli Maurer a donc inauguré l’année 2013: en choisissant Facebook pour faire ses premiers pas de premier magistrat de ce pays. Et dans les premières heures de l’année, on pouvait donc y découvrir l’allocution télévisée du nouveau président. Tout un symbole, encore, puisque c’est au Musée fédéral des chartes à Schwyz qu’il coulait sa prestation dans le marbre audiovisuel.

Bon, les francophones et les italophones ne pratiquant pas l’allemand toussotaient un peu: à ce stade de la journée du 1er janvier, rien dans leur langue. Mais les liens sur Facebook renvoyaient au site de l’administration fédérale: et là, la vidéo était disponible dans les trois langues.

Quelques heures plus tard, pourtant, les choses vont commencer à prendre une tournure délicieusement helvétique et du terrain très symbolique des vœux, nous glissons maintenant vers les signes: le président (ou ses communicants) poste un nouveau statut, en français… Enfin, façon de parler: «Je prends l’occasion de mon rencontre avec un ramoneur à Val Müstair pour vous expresser mes meilleurs vœux pour 2013.» Aïe! Il était pourtant sympa le ramoneur, comme était sympa l’idée de documenter la rencontre avec ce porte-bonheur en chair et en os du Val Müstair.

La blogosphère, comme on dit, n’a pas tardé à réagir à ce français plus que hasardeux et la presse aussi: après tout nous avons affaire à la page officielle Facebook du président de la Confédération. Jusqu’au Huffington Post, version française, de s’émouvoir de cette communication écrite avec les pieds: «Ueli Maurer, le président suisse, publie ses vœux dans un français très approximatif sur Facebook.»

A l’heure où l’on rédigeait cette chronique, la prose cahoteuse du président était encore plus que jamais sur la page.

Y a-t-il de quoi s’émouvoir? Certains, comme le vice-président du PDC suisse, Dominique de Buman, sur les ondes de la RTS, y voient une sympathique maladresse. Et c’est vrai que dans le monde ripoliné de la communication politique, ces deux posts hilarants d’Ueli Maurer font jaillir comme une eau lustrale de spontanéité: ce n’est pas au précautionneux Alain Berset, par exemple, que cela arriverait (qui, pur hasard, note sur sa propre page Facebook, en date du 4 décembre: «La Suisse a de bonnes plumes dans toutes les langues»…); ni à la prudente Eveline Widmer-Schlumpf, sur la page de laquelle on ne pointait quasiment, du temps de sa propre présidence, que des posts en allemand et de temps à autre en anglais.

Plus obliquement: le baragouin sans conséquence du président de la Confédération semble vouloir dire à toutes celles et ceux qui réagiront et qui propageront le buzz (à commencer par le signataire de ces lignes): «Je me contrefiche des précautions en usage dans le monde pusillanime de la com; je me contrefiche des règles d’étiquette compassée du dialogue interculturel; je me contrefiche du politiquement correct qui glace les échanges de la classe politique.»

En ce sens, les posts d’Ueli Maurer, loin d’être au final une catastrophe de communication, se révèlent être une splendide incongruité communicationnelle qui magnétiserait presque la sympathie et mettrait les rieurs de son côté.

Au final, le buzz consacré à ses posts rocailleux aura aidé Ueli Maurer à une chose: pulvériser en trois jours le nombre de likes qu’Eveline Widmer-Schlumpf mit une année à réunir: elle plafonne à 1328 likes, là où Ueli Maurer en fait aujourd’hui 1884.

Comment dit-on déjà dans la bataille navale: touché? Et coulées par le fond, les règles d’étiquette interculturelle que Ueli Maurer, dans sa spontanéité, a piétinées!

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