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liechtenstein samedi 30 juin 2012

Ce prince à qui l’on ne refusera pas d’interdire

Le peuple de la petite Principauté vote dimanche sur une initiative qui limiterait le droit de veto du monarque. Mais le texte a très peu de chances de succès

Le Liechtenstein a deux souverains: le prince et le peuple. Le premier est toutefois un peu plus souverain que le second. Et il y a de fortes chances qu’il le reste. Dimanche, les sujets de la Principauté sont appelés à voter sur une initiative populaire intitulée «Oui, pour que ta voix compte». Elle demande qu’en cas de consultation populaire, le peuple ait effectivement le dernier mot. Et non plus le prince, qui, par droit de veto, peut annuler le résultat de toute votation.

Pouvoirs étendus

La question s’était posée l’année dernière lors de la consultation sur la dépénalisation de l’avortement. Le prince héritier Alois, pendant la campagne déjà, avait annoncé qu’il ne laisserait jamais passer une loi autorisant les interruptions de grossesse. Les Liechtensteinois avaient voté non.

Même sans droit de veto sur les initiatives populaires, le prince – et chef de l’Etat – garde des pouvoirs étendus. Il peut s’opposer à toute loi votée par le parlement, dissoudre ce même parlement, révoquer le gouvernement et régner par décret. Il peut aussi refuser la nomination d’un juge. Et même mettre fin à toute enquête pénale.

Pour le comité d’initiative qui s’est constitué autour d’un ancien député de la petite Liste libre, le combat est inégal. Car, comme à chaque fois qu’elle voit ses prérogatives menacées, la famille princière menace de quitter le pays au grand complet et d’aller se réfugier sur ses terres ancestrales en Autriche. Un argument fort pour les citoyens de cet Etat timbre-poste qui considèrent la monarchie comme la garante de leur bien-être. Les opposants à l’initiative distribuent des autocollants avec la couronne princière entourée des mots: «Dieu, Prince, Patrie». Leurs arguments: «Le droit de sanction du chef d’Etat peut protéger contre de fausses décisions.»

«Malgré leurs efforts pour prouver le contraire, les initiants n’ont pas pu empêcher que l’on considère leur texte comme le premier pas vers l’abolition de la monarchie. Il n’est alors plus possible d’argumenter de manière rationnelle. Une bonne partie de la population est profondément attachée à la famille princière, et est prête pour cette raison à renoncer à une extension de ses droits. Chaque pays a ses mythes. Le prince a une fonction identitaire forte», explique Wilfried Marxer, directeur de l’Institut du Liechtenstein, une institution indépendante de recherche.

Sigvard Wohlwend, porte-parole du comité d’initiative, veut encore croire aux chances de succès dimanche. «La menace du prince de quitter le pays s’est un peu émoussée. Et je ne crois pas qu’il la mettrait à exécution. Car, selon le règlement interne de la maison du Liechtenstein, le prince régnant dispose aussi de la fortune de la famille, soit quelque 5,5 milliards de francs. Même si le prince et sa descendance directe partaient, il se trouverait bien quelqu’un dans la lignée pour reprendre cet héritage.»

Il reconnaît toutefois que la campagne est difficile. «Il y a eu un seul débat contradictoire. Et les médias du Liechtenstein essaient de se tenir à l’écart des discussions politiques.» Wilfried Marxer confirme: «Pour les deux principaux partis (qui détiennent 24 des 25 sièges au parlement, ndlr), il est dangereux de prendre position contre le prince. Leurs quotidiens attitrés se contentent d’imprimer bravement les écrits qu’ils reçoivent, il n’y a pas de recherches.»

«Ce n’est pas une forme pure de démocratie»

Peut-on parler alors de déficit de démocratie dans la Principauté? Wilfried Marxer s’efforce de différencier. «Avec le dualisme consacré par la Constitution – le pouvoir exercé par le prince et par le peuple –, ce n’est pas une forme pure de démocratie. Il manque également une culture du débat public qui permette de se former une opinion. Mais les citoyens du Liechtenstein ont le droit d’initiative et de référendum, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. Le Liechtenstein reste un Etat souverain même sans monarque. Les questions plus importantes qui se posent pour son existence relèvent de sa viabilité économique et d’une éventuelle intégration à l’Union européenne.»

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