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France lundi 20 février 2012

Du président des riches au candidat du peuple

Nicolas Sarkozy lors de son premier grand meeting de campagne. Dans l’assistance, les convaincus l’ont trouvé «fantastique», «courageux»,«dans la réalité». D’autres restent dubitatifs. «J’attends de voir», dit un étudiant. (AFP)

Nicolas Sarkozy lors de son premier grand meeting de campagne. Dans l’assistance, les convaincus l’ont trouvé «fantastique», «courageux»,«dans la réalité». D’autres restent dubitatifs. «J’attends de voir», dit un étudiant. (AFP)

Au cours de son meeting à Marseille, Nicolas Sarkozy a loué la France et réaffirmé sa nouvelle posture anti-élite. Pour réussir, il appelle à l’aide les militants

Ils chantent «La Marseillaise» à tue-tête avant de scander: «Sarko, président! Sarko, président!» Soulagés que la «campagne ait enfin commencé», ils ont hâte «de se lancer dans le combat». Dans la halle du Parc Chanot, les jeunes militants de l’UMP font monter l’ambiance pour le premier grand meeting de Nicolas Sarkozy, considéré comme le coup d’envoi de la campagne. Deux cents bus ont été affrétés, un écran géant installé sur l’esplanade devant la salle pour accueillir ceux qui n’ont pas trouvé de place à l’intérieur. Dix mille personnes environ sont venues écouter le candidat.

Au premier rang, le premier ministre François Fillon, l’ancien ministre de l’Intérieur et animateur de la cellule Riposte Brice Hortefeux, le patron du Quai d’Orsay Alain Juppé, la porte-parole de la campagne Nathalie Kosciusko-Morizet et Carla Bruni-Sarkozy. Le président-candidat a prononcé un discours d’une heure, en forme d’ode à la France «qu’il aime». Il a repris les grands thèmes de droite développés ces derniers jours: la valeur du travail, la responsabilité, l’autorité, le référendum pour réformer en contournant les corps intermédiaires, l’immigration contrôlée, le refus de l’euthanasie, la famille et le mariage.

Installé dans son image de capitaine à la barre durant la crise, Nicolas Sarkozy a ouvert son discours avec des accents dramatiques, rappelant la «tempête économique et financière la plus grave et la plus dangereuse que le monde ait connue depuis les années 1930»: «La France a résisté, la France a tenu.» Le chef de l’Etat enchaîne sur la récession, la crise des dettes publiques et de la zone euro. Il insiste sur la «catastrophe» à laquelle la France a échappé, contrairement à «l’ouvrier grec», «au retraité italien», «au chômeur espagnol», «au fonctionnaire portugais» et aux «milliers de familles américaines, qui sont condamnées à vivre dans des mobile-homes parce qu’au chômage».

«Occulter la crise, ce n’est pas seulement malhonnête, c’est surtout dangereux», lance le candidat en allusion à son adversaire socialiste. Comme à Annecy, le président a attaqué François Hollande. Le favori des sondages est accusé de mentir «tous les jours aux uns pour faire plaisir aux autres», de faire «semblant d’être Thatcher à Londres et Mitterrand à Paris». Par contraste, Nicolas Sarkozy se pose en candidat de la vérité. «Une France faible ne peut pas protéger les Français», lance-t-il.

Il cherche également à installer une image de proximité avec le peuple pour effacer celle de président des riches. «Je veux être le candidat du peuple de France. Je ne serai pas le candidat d’une petite élite contre le peuple», s’exclame-t-il avant de dénoncer: «Il faut avoir le courage de dire aux élites qu’une partie d’entre elles n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités en s’octroyant des rémunérations qui défiaient le sens commun.»

Samedi, lorsque le candidat s’est rendu à son nouveau QG de campagne, dans le 15e arrondissement, à pied, en tenue décontractée – pas de cravate, un pull à col roulé noir – il était aussi dans le symbole de sa nouvelle attitude. Nicolas Sarkozy veut aller à la «rencontre des Français», il le martèle: «Je vais à cette rencontre sans protocole, sans intermédiaire, […] tel que je suis, sans détour.» Une transformation qui provoque les railleries de l’opposition et du Front national: «Il n’y a que les imbéciles pour croire à ce grossier tour de passe-passe», a lancé Marine Le Pen depuis son meeting de Lille, rappelant le Fouquet’s et les vacances sur le yacht de Bolloré.

Le discours de Marseille n’était pas encore un programme. Une nouvelle idée a toutefois été lancée: le projet «de renforcer la démocratie» en introduisant «à la marge» une dose de proportionnelle aux élections législatives, pour ne plus «tenir à l’écart du parlement de grands courants de la vie politique», comme les écologistes, le Modem ou le Front national. Nicolas Sarkozy a aussi proposé de réduire le nombre des parlementaires, une «bombe» selon Julien Aubert, jeune candidat UMP aux législatives.

Dans l’assistance, les convaincus l’ont trouvé «fantastique», «courageux», «dans la réalité». «Il nous a regonflés! A partir de maintenant, ce sera idées contre idées», lance deux amies. D’autres restent dubitatifs. «Nicolas Sarkozy omet de dire un certain nombre de choses. Il nous parle des emplois sauvés chez Lejaby, mais ne mentionne pas l’usine Renault ouverte au Maroc», raille Fabien, étudiant à Marseille. «J’attends de voir», ajoute Maxime. La ferveur n’était pas totalement au rendez-vous et les applaudissements, bien que nourris, ont été de courte durée. Pour gagner, les militants devront se mobiliser: «Aidez-moi! a réclamé Nicolas Sarkozy. Aidez-moi à réussir pour la France!»

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