Texte - +
Imprimer
Finance lundi 03 juillet 2006

Comprendre les produits structurés pour mieux en profiter (3)

Alexandre Michellod Economiste gérant de fortune auprès de Wegelin & Co Banquiers Privés Lausanne

Dans une série de douze articles, nous avons entrepris de présenter et de commenter, pour les lecteurs du journal «Le Temps» , l'ouvrage intitulé «Les produits structurés dans la gestion de fortune» , dont la version française est sortie de presse le 18 mai dernier, un livre corédigé par Steffen Tolle, Boris Hutter, Patrik Rüthemann et Hanspeter Wohlwend, quatre économistes de l'Université de Saint-Gall, respectivement aujourd'hui Associé-Gérant et membres de la direction de Wegelin & Co Banquiers Privés.

Les produits structurés résultent de la combinaison d'instruments dérivés et d'actifs plus traditionnels pouvant être par exemple des valeurs financières (actions, obligations, devises, etc.) ou aussi des matières premières (or, pétrole, blé, etc.) qui représentent ce que l'on appelle communément le «sous-jacent». Cette association de différents types d'instruments permet à l'investisseur de choisir et de bénéficier de solutions de placement sur mesure.

Toutefois, l'utilisation de produits structurés ne peut générer de la valeur ajoutée sur le long terme que si elle s'inscrit dans le cadre d'un processus d'investissement intégré tout en tenant compte des profils spécifiques de chaque produit. Une telle approche se distingue donc clairement du simple négoce de produits financiers disparates ajoutés les uns aux autres de manière aléatoire. C'est en effet l'utilisation systématique des produits structurés dans la gestion de fortune, ainsi que la parfaite maîtrise de leur intégration qui permettent d'amener de la valeur ajoutée à l'allocation dynamique d'un portefeuille. On recourra ainsi aux produits structurés lorsqu'il y a volonté manifeste de modifier le profil risque ainsi que les espérances de rendement d'un portefeuille titres.

La diversité des produits est grande; en outre, un même instrument peut avoir plusieurs dénominations différentes.

La structuration

La «structuration» - terme technique qui désigne le processus de construction du produit - permet de définir les espérances de rendement de l'investisseur compte tenu de son degré d'aversion au risque (optimisation du couple «rendement-risque») et en fonction de ses besoins et attentes spécifiques. Par ce biais, il est possible de diminuer voire d'éliminer les risques liés au capital investi ou, en sens contraire, de les accroître le cas échéant. Les produits structurés sont émis par des banques ou par d'autres établissements financiers (les «émetteurs») qui les offrent au marché. L'investisseur qui acquiert des produits structurés s'expose ainsi à un risque de contrepartie, qui est fonction de la solvabilité de l'émetteur. D'un point de vue juridique, cet élément définit le produit structuré comme la représentation d'une créance comportant un risque de crédit, une caractéristique qui le distingue des fonds de placement et des fonds cotés en Bourse («exchange traded funds» ou ETF).

Il existe une grande variété de produits structurés. Dans la pratique on cite généralement trois grands types de produits aux propriétés bien spécifiques: les «certificats», les «produits à rendement maximal» et les «produits à capital garanti».

Les certificats reproduisent exactement l'évolution du cours d'un sous-jacent. En une seule transaction, l'investisseur peut couvrir l'ensemble d'un marché, d'un secteur ou d'un thème donné.

Les produits à rendement maximal s'adressent aux investisseurs qui sont prêts à renoncer au potentiel de gain d'un sous-jacent à partir d'un seuil donné. En contrepartie, l'investisseur est dédommagé soit sous la forme d'un escompte («discount»), soit via le paiement d'un coupon. Ce type de produit permet d'optimiser le rendement en cas d'évolution latérale des marchés.

Les produits à capital garanti offrent une protection contre les baisses de cours. Ils garantissent le paiement à l'échéance d'un pourcentage prédéterminé du montant nominal investi. Ils limitent ainsi le risque de perte de l'investisseur, tout en lui permettant de participer à la hausse du sous-jacent.

La représentation des profils de rendement des trois types de produits selon l'évolution attendue des cours met en évidence un des principaux avantages des produits structurés: leur constitution en fonction des attentes de l'investisseur. Ces instruments exploitent en effet fréquemment des situations de marché spécifiques permettant souvent à l'investisseur de profiter d'un «momentum» favorable.

Chaque émetteur donnant à ses produits un nom spécifique, il existe souvent une douzaine de dénominations pour une même catégorie de produits, ce qui peut créer une certaine confusion. Par exemple, les certificats discount s'appellent «BLOC» à UBS, «CASUAL» à la Banque Cantonale de Zurich et «YOS» chez Goldman Sachs. Le plus souvent, l'appellation utilisée est l'abréviation d'une expression anglaise reflétant le profil de rendement. Ainsi, «BLOC» vient de «Buy Low Or Cash», «CASUAL» de «Cash Or Underlying» et «YOS» de «Yield Or Share».

Les six prochains volets de notre série seront consacrés à une présentation détaillée des trois principaux types de produits: les certificats, les certificats discount (reverse convertible) et les produits à capital garanti. Nous aborderons également d'autres variantes, qui témoignent de la dynamique et de la capacité d'innovation prévalant dans le domaine des produits structurés.

Cette troisième leçon est le résumé des pages 89 à 92 du livre «Les produits structurés dans la gestion de fortune», Editions Neue Zürcher Zeitung. Les articles peuvent êtres téléchargés sur: http://www.wegelin.ch et http://www.letempsfinance.ch

Texte - +