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Placements mardi 25 mai 2010

Wegelin veut renouveler la gestion de fortune privée

La banque saint-galloise introduit des mandats qui mettent en pratique la technique du budget risque jusqu’ici utilisée pour les clients institutionnels

La recherche en finance, à l’image des travaux de François-Serge Lhabitant, professeur à ­l’EDHEC, a non seulement souligné les limites de l’allocation d’actifs traditionnelle, mais aussi proposé une alternative. La situation actuelle est généralement la suivante: le gérant de fortune choisit une allocation stratégique des actifs en tant que référence pour le portefeuille. Il s’appuie sur une prime de risque statique des classes d’actifs et ne gère son portefeuille qu’en fonction d’un indice de référence. Au final, 95% du rendement dépend de l’allocation stratégique. Les actions sont préférées aux obligations dans une optique à long terme, mais cette stratégie suit l’approche indicielle, jugée plus performante et moins coûteuse que la sélection de titres.

Cette stratégie souffre de ses caractéristiques statiques. Les portefeuilles sont investis en tout temps si bien que leur performance est fortement liée à celle du marché. De plus, le portefeuille est rééquilibré en permanence et ce, même si l’investisseur ne le désire pas.

Le besoin d’un changement de paradigme s’est largement fait sentir, a déclaré au Temps Alexandre Michellod, responsable de la gestion semi-institutionnelle en Suisse romande pour la banque Wegelin. Il privilégie l’allocation par poches de risques par rapport à celle allouant le capital à des classes d’actifs. Une réflexion qu’il fait en termes de budgets de risque plutôt que comme un simple alignement à un indice de référence. L’idée centrale consiste à séparer le risque du marché (bêta) du risque actif (alpha), et de réaliser l’allocation en fonction des variables de risques définies.

L’établissement d’un budget risque est d’autant plus nécessaire que – la crise financière l’a rappelé – l’exposition au risque varie en fonction du temps et n’est pas linéaire. Certains événements peu probables peuvent, s’ils se matérialisent, détruire des fortunes entières, comme Nassim Taleb l’a démontré avec l’image des «cygnes noirs». Mais – et c’est là l’approche de François-Serge Lhabitant – pour composer le menu le plus adapté, il ne suffit pas de disposer des meilleurs ingrédients et de diversifier les actifs au maximum.

En Suisse romande, Wegelin est la première banque à mettre en application ces recherches pour des mandats à partir de 300 000 francs, selon Alexandre Michellod. Avec ce qu’elle nomme les mandats SIWM (pour Semi Institutional Wealth Management), elle propose une solution qui reprend toutes les caractéristiques du «risk budegting».

Des instruments réservés aux caisses de pension

Avec ces mandats, la gestion s’effectue en direct, c’est-à-dire dans des titres individuels et non pas dans des fonds indiciels. La séparation entre la performance du gérant (alpha) et celle du marché (bêta) est mise en pratique avec une gestion que défend la banque depuis longtemps, l’approche core/satellite. La gestion active se concrétise par la sélection des satellites (obligations à rendement supérieur, petites et moyennes capitalisations) et le suivi des budgets risque, ainsi que par la gestion systématique du «tracking error» (écart par rapport à l’indice).

Wegelin veut ainsi offrir aux clients privés les instruments mis à disposition des clients institutionnels, comme les caisses de pension. La banque répartit les budgets risque en basant sa réflexion sur les catégories employées par les caisses de pension (au lieu de parler d’indice Pictet LPP 25, ou d’indice Pictet LPP 40, selon la proportion d’actions, elle parle de budget risque à 25%, 40% et 60%). L’investisseur privé pourra encore décider s’il souhaite ou non une exposition satellite. Au-delà d’un million de francs, la flexibilité est totale quant à la définition des budgets de risques.

Cette technique a été testée sur les données historiques de 2002 à fin 2009 et produit des résultats jugés tout à fait satisfaisants. Pour ce qui est des frais, les mandats sont proposés à un coût inférieur à 1,3% par an (tout compris). Une tarification flexible à la performance est également possible pour les portefeuilles au-dessus du million de francs.

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