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Dette mardi 02 février 2010

«Les Etats feront face à la résistance sociale»

Philippe Bacchetta, professeur d’économie à l’Université de Lausanne, affirme que la crise de la dette des pays de l’OCDE n’est pas soutenable

Le Temps: L’endettement des Etats de l’OCDE est-il alarmant?

Philippe Bacchetta: Il n’est pas dramatique. Dans le passé, nous avons déjà vu des niveaux comparables. Par contre, il est insoutenable, ce qui veut dire qu’on ne peut pas continuer sur la même voie. Les Etats ne peuvent pas vivre éternellement au-dessus de leurs moyens. Le service de la dette peut peser lourd dans le budget national.

– Quel est le vrai problème?

– A ce rythme, ils n’arriveront pas à financer les dettes. Les Etats fortement endettés doivent débourser un taux d’intérêt très élevé sur le marché des capitaux, ce qui est le cas pour la Grèce à présent. Quand il devient impossible de refinancer la dette, il y a défaut de paiement. Et là, le pays débiteur rentre dans un cercle vicieux.

– La Grèce est-elle proche de cette situation?

– C’est une situation alarmante car le déficit budgétaire est très important. Mais le plus préoccupant, c’est la difficulté du gouvernement à convaincre la population grecque à faire des sacrifices. Par ailleurs, le pays a un mauvais antécédent: il manque de crédi­bilité auprès du marché pour avoir triché une fois avec ses statistiques.

– L’endettement concerne plusieurs Etats membres en Europe. Ont-ils, selon vous, la volonté d’agir?

– Il faut plutôt parler des gouvernements en place, qui politiquement arrivent à leurs «limites». Ils doivent effectivement faire face à la résistance sociale face aux mesures d’austérité nécessaires pour rétablir la crédibilité. Certains pays arrivent mieux que d’autres à convaincre leur population. Les Irlandais ont accepté des baisses de salaire. Ce n’est pas le cas dans tous les pays.

– Craignez-vous une crise sociale? Quelles seraient les conséquences?

– Les réformes passent nécessairement par une diminution des prestations publiques. La résistance aux mesures d’austérité est normale. Mais elle freinera les réformes. On voit déjà les fronts d’opposition qui se dessinent en Grèce, au Portugal et en Espagne.

– Qui doit faire les sacrifices dans un programme d’austérité?

– Il faudrait répartir les sacrifices
à l’ensemble des populations.
Cela dépend aussi du choix
de la société qu’on veut. Les
gouvernements de gauche
privilégieront les impôts sur le capital et ceux de droite demanderont aux travailleurs de faire
un effort. Dans les deux cas, les tensions augmentent dans la société.

– Comment peut-on réconcilier la maîtrise de la dette et la croissance nécessaire pour générer des emplois et le pouvoir d’achat?

– Il n’y a pas d’impact négatif de la dette sur la croissance. Des pays endettés ont connu ou connaissent la croissance. Les problèmes découlent des mesures prises pour maîtriser l’endettement. Si on augmente les impôts des entreprises ou si on retire les subventions à la production pour réduire le déficit budgétaire, la croissance sera affectée.

– L’endettement conduit-il à l’inflation?

– Pas de manière importante.

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