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GENÈVE mardi 20 mars 2012

Les Rues-Basses entrent en mutation

Le projet de la place du Rhône (images de synthèse). Ce réaménagement sera bientôt soumis au Conseil municipal. (© Archigraphie-vert SP)

Le projet de la place du Rhône (images de synthèse). Ce réaménagement sera bientôt soumis au Conseil municipal. (© Archigraphie-vert SP)

Les édifices de deux banques se transforment tandis qu’un nouveau centre de luxe s’ouvrira en mai. La Ville, de son côté, s’emploie à repenser les espaces publics, alors que le régime de circulation du quartier fait à nouveau débat

Il y a du neuf dans le quartier genevois des Rues-Basses. Et pour une fois, on ne parle pas de fermer encore un bistrot ou un cinéma. Plusieurs chantiers sont à l’œuvre et – surprise! – on prévoit même de nouveaux cafés. Une mue des espaces publics s’ébauche en outre dans plusieurs coins de ce quartier qui, depuis le bas Moyen Age, constitue le cœur commercial de Genève (lire ci-dessous).

Le quartier grouille de monde en journée, surtout sur les Rues-Basses proprement dites, c’est-à-dire l’enfilade des rues de la Confédération, du Marché, de la Croix-d’Or et de Rive. La zone devient désertique dès que les magasins et bureaux ferment leurs portes. Les cafés, susceptibles d’assurer une animation vespérale, se sont raréfiés, tout comme les cinémas. «C’est catastrophique, se plaint Rémy Pagani, magistrat municipal chargé de l’aménagement. J’essaie d’imaginer le rachat d’un lieu pour y assurer des activités. Mais, sur l’autre rive, j’ai tenté la reprise d’un cinéma condamné et c’est trop cher!»

Rendre la rue au commerce

A défaut de vibrer la nuit, le secteur bouillonne de projets. A l’ouest du quartier, deux grandes banques se retroussent les manches. UBS transformera d’ici à 2015 son siège historique genevois en centre commercial et administratif. Issu d’un concours, le chantier vient de démarrer. Les cinq niveaux supérieurs du complexe situé entre les rues du Rhône et de la Confédération seront dévolus à des bureaux. Une arcade flanquée de commerces animera la passante mais morose rue du Commerce. D’autres enseignes logeront au premier étage, jouxtant un restaurant dont la terrasse donnera sur la verrière du passage des Lions, dont la luminosité sera accrue. De ce passage, une connexion sera créée vers la rue du Commerce. Voilà qui ranimera un peu l’ancien foisonnement de ces chemins au travers des îlots. «Ces passages ont eu des destins variables, note ainsi l’architecte cantonal Francesco Della Casa. Certains d’entre eux ont été maintenus, mais en occultant leurs dégagements latéraux, ou en les privant de lumière naturelle. Les propriétaires n’ont pas toujours réalisé la mine d’or que constituent ces passages. Ancêtres du supermarché, ils ont un intérêt commercial évident, en plus de leur fonction urbanistique qui est d’assurer une porosité entre les quais et la Vieille-Ville.»

Quid du transfert de certaines activités d’UBS aux Acacias? Ce lieu autrefois périphérique pourrait bien être le «nouveau quartier des banques», réplique Jean-François Beausoleil, directeur d’UBS Genève. «Rendre aux commerçants une artère nommée «Rue du Commerce» peut paraître pertinent!» poursuit celui qui invoque une «utilisation judicieuse de l’espace».

A l’autre bout du même pâté de maisons, Credit Suisse, lui, campe sur ses positions en s’offrant une cure de jouvence. Le numéro 2 bancaire du pays restaure ses bâtiments du centre-ville, autour de la bien nommée rue de la Monnaie, notamment son siège local historique, qui donne sur la place Bel-Air. L’édifice, érigé dans les années 1930 dans un style d’inspiration américaine, a été banalisé dans les années 1970 par un rhabillage en marbre et laiton. La réfection, qui lui fera retrouver son lustre originel d’ici à 2014, est le fruit d’un concours d’architecture: «Une démarche remarquable à laquelle Credit Suisse n’était pas tenu», salue l’architecte cantonal, Francesco Della Casa.

Eloigner le trafic

Pendant que ces chantiers démarrent, un autre s’achève au 42, rue du Rhône. Un nouveau centre commercial et administratif, à la façade audacieuse, ouvrira en mai, aux abords du passage Malbuisson avec lequel il communique. Il conserve en ses abysses les gradins du défunt cinéma ABC. Autour d’un atrium central, cette reconstruction à 40 millions de francs, pilotée par le promoteur londonien Langham Estate, propose six étages de commerces (dont quatre souterrains) et six autres de bureaux. Un restaurant avec terrasse panoramique sur la Rade chapeaute le tout. Les établissements publics, dont on a tant déploré la disparition, tendent donc à renaître en hauteur.

L’espace public évolue aussi. La place Longemalle est en cours de réfection jusqu’en mai 2013. La Ville vise à supprimer partiellement le trafic de transit sur cette «place historique dénaturée par la circulation et le stationnement», écrit-elle. Le concept est issu du même bureau qui a rénové avec succès le Molard. Six rues s’étendant entre Longemalle et Rive pourraient être aussi fermées à la circulation, dans le cadre de deux projets parallèles. Le premier vise à creuser un nouveau parking sous la rue Pierre-Fatio en échange de la piétonnisation d’artères des deux rives. Le second découle de l’initiative écologiste réclamant 200 rues piétonnes. Un référendum vient toutefois d’aboutir contre la première phase de concrétisation qui concerne 50 tronçons en ville, dont six à l’extrémité orientale du quartier. «La guerre des transports est repartie», maugrée Rémy Pagani. Issus de la droite municipale, des milieux économiques et automobilistes, les opposants invoquent un «blocage des accès de la ville» et des «entraves à l’activité professionnelle et commerciale». Sur ce sujet qui fait débat depuis des décennies, les lignes de fracture sont pourtant moins figées qu’il n’y paraît. En 2001, l’Observatoire universitaire de la mobilité sonde près de 2000 personnes: 78% soutenaient une extension de la zone piétonne. Même les automobilistes se déclaraient plutôt pour et trois quarts d’entre eux ne délaisseraient pas le quartier si leur véhicule y devenait paria. De plus, selon l’étude, la typologie commerciale du quartier coïncide déjà avec celle que favorise un régime piétonnier. Pour sa part, UBS ne serait «pas opposée» à ce que la rue du Commerce, qui longe son futur centre, devienne piétonnière.

La requalification de cette artère et de l’extrémité occidentale de la rue du Rhône va justement faire l’objet d’une étude mandatée par la Ville. Sur ce dernier tronçon, elle visera notamment à limiter le trafic aux stricts ayants droit. En vigueur depuis 1993, une règle en ce sens s’avère souvent bafouée, au grand dam des transports publics. Mais certaines échoppes tiennent à rester accessibles en limousine…

Dans le même coin de ville, la petite place du Rhône pourrait bientôt conjurer sa malédiction. Ce site, où les aménagements successifs se sont avérés impopulaires, fait l’objet d’un projet qui sera soumis ce printemps au Conseil municipal. Le site avait été laissé dans une sorte de virginité minérale pour mieux accueillir des activités. L’exécutif veut les réduire. On propose une arborisation et un vaste banc circulaire, démontable en cas d’animation occasionnelle.

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