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revue de presse lundi 04 février 2013

La non-conférence de presse de Rajoy

Samedi soir, des manifestants sont descendus dans les rues de Madrid pour réclamer la démission de Mariano Rajoy. (Andres Kudacki/AP/Keystone)

Samedi soir, des manifestants sont descendus dans les rues de Madrid pour réclamer la démission de Mariano Rajoy. (Andres Kudacki/AP/Keystone)

Beaucoup se demandent si le premier ministre espagnol survivra à la crise politique entraînée par les soupçons de corruption qui entachent son parti. D’autant que le chef du PP se contente de nier, sans répondre aux questions que les journalistes et les citoyens se posent

«Tout est faux. Jamais je n’ai reçu ni distribué de l’argent noir. Je ne suis pas entré en politique pour m’enrichir de manière illicite.» Cité par Le Journal du dimanche, «le flegmatique Mariano Rajoy, coutumier des déclarations évasives et ambiguës, s’est montré, samedi après-midi, clair et incisif.» Car il entame «le combat de sa vie», écrit le Financial Times. Avec ces deux mots: «Es falso». C’est faux: deux mots qui, prononcés avec un remarquable aplomb, auront marqué la blogosphère ce week-end. Ce sont «des infamies», se moque La Vanguardia, qui rend aussi compte de ce simulacre télévisuel en citant le premier ministre.

Dès lors, le scandale de corruption qui fragilise le chef du gouvernement de droite espagnol, Mariano Rajoy, a tourné dimanche à la crise politique: L’opposition socialiste réclame son départ et frappe déjà sur ses «tambors de guerra», résume le quotidien catalan El Punt/Avui. C’est que les explications «ne passent pas», relève Le Monde, et qu’il «a soigneusement évité de se confronter aux médias, en ne convoquant pas de conférence de presse. C’est derrière des écrans de télévision que les journalistes ont pu suivre [ses] démentis» sur les soupçons «de salaires occultes versés durant des années à plusieurs dirigeants du Parti populaire».

Du scotch sur la bouche

Cité par El Confidencial, le Forum des sociétés de journalistes, qui regroupe plusieurs organisations syndicales de médias, a dénoncé un «manque de respect vis-à-vis des journalistes et des citoyens, ainsi qu’à la liberté d’informer», jugeant «intolérable» le refus de permettre aux médias de poser leurs questions. Au siège du PP, quelques journalistes, furieux, s’étaient collé du scotch sur la bouche.

Le quotidien gratuit 20 Minutos a publié sur son site «vingt questions qui n’ont pu être posées à Mariano Rajoy»: «Pourquoi avoir attendu deux jours avant d’apporter des réponses aux accusations d’El País? Pouvez-vous démontrer, preuves à l’appui, que ces accusations sont fausses?» En reprenant, point par point, les déclarations du chef du gouvernement», le quotidien gratuit a enfoncé le clou, constatant qu’il s’agissait là de «(no) explicaciones», comme le dit le site Politikon.

Un «hologramme»

Sur les réseaux sociaux, poursuit Le Monde, les mots-dièses #YoCreoEnRajoy («Je crois en Rajoy») et #RajoyNoContesta («Rajoy ne répond pas») «regorgent de commentaires ironiques sur cette non-conférence de presse.» Une internaute, par exemple, écrit: «Le président s’est transformé en hologramme», comme évanescent face au scandale résumé par Arrêt sur images.

Du coup, «une pétition lancée jeudi sur la plateforme Change.org, dans la foulée des révélations» publiées sur cinq colonnes à la une du quotidien El País – «l’effet d’une bombe atomique», dit La Libre Belgique – «a déjà recueilli plus de 760 000 signatures en faveur d’une démission des dirigeants du parti au pouvoir». Pour le Tages-Anzeiger, désormais, «Rajoy lutte pour sa survie politique». Et dans son éditorial de dimanche, le quotidien madrilène, «tout en accordant du crédit à la profession de sincérité de Mariano Rajoy, demande au parlement d’ouvrir rapidement un vaste débat et à la justice de faire la lumière sur les enveloppes du PP».

Vers un «Watergate» de Rajoy?

Jusqu’où cela va-t-il aller? Rajoy va-t-il tenir? A quand la transparence? Les citoyens s’interrogent. «L’Espagne, qui connaît déjà des problèmes sérieux» et vit l’austérité au jour le jour avec un taux de chômage à environ 25%, «pourrait se retrouver bientôt sans gouvernement» si ce «silence insoutenable» perdure, craint le quotidien portugais Público, lu et traduit par le site Eurotopics. Quant au site Open Democracy, il évoque déjà, lui, la perspective d’«un Watergate de Rajoy» dans un pays où «le cancer a atteint tous les niveaux institutionnels». Même optique dans The Economist, qui se demande si Rajoy peut vraiment conserver son job après «cette tempête à laquelle certains politiciens ne pourraient survivre».

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