Texte - +
Imprimer
Reproduire
produits structurés lundi 30 janvier 2012

Profiter de la finance comportementale dans les produits à levier

Dominique Böhler*

L’investissement au moyen de produits à levier nécessite une grande discipline. Attention aux diverses influences psychologiques! Les certificats Faktor offrent alors des atouts importants, l’absence de knock-out et une durée open-end

*Responsable de la distribution des produits structurés en Suisse, Commerzbank

Notamment lorsqu’ils investissent dans des produits à effet de levier spéculatifs, une grande discipline est requise de la part des investisseurs. Il existe cependant des obstacles psychologiques qui souvent les en empêchent. L’un des phénomènes les plus connus de la behavioral finance est ce qu’on appelle l’aversion pour les pertes (loss aversion). Ce qui signifie que les investisseurs craignent de réaliser des pertes et ne sont pas disposés à vendre leurs titres au-dessous du prix d’acquisition. Pour illustrer au mieux cet obstacle psychologique, servons-nous d’un exemple.

Supposons qu’un investisseur achète des actions au prix de 10 francs suisses, puis que le cours grimpe sans tarder à 11 francs, l’investisseur vend sa position et est content de sa plus-value. Il s’explique le gain par sa bonne capacité de prévision et est confiant dans le fait que son prochain investissement sera également une réussite (attribution bias). Quelques semaines plus tard, l’action se situe de nouveau à 10 francs suisses, et l’investisseur en rachète, cette fois même avec un montant plus élevé.

Cependant, son calcul n’est pas payant et l’action tombe à 9 francs suisses. L’investisseur essaie de se calmer et se dit qu’il s’agit là uniquement d’une faiblesse temporaire, et que le cours de l’action reviendra prochainement à 10 francs suisses (anchoring). Lorsque l’investisseur contrôle le cours de l’action une semaine plus tard, celui-ci est encore tombé, à 8 francs suisses cette fois. Sur ce, il recherche, sur Internet, des études et des informations sur l’action. Il trouve des analyses qui prévoient un cours de l’action de 13 francs suisses et un article de journal qui rend compte positivement de la société. Ce qui le calme, dans l’immédiat, de sorte qu’il se sent conforté dans son évaluation (perception sélective).

Lorsque le cours, cependant, glisse jusqu’à 7 francs suisses, il n’y comprend plus rien. Il essaie de se faire confirmer, par ses amis, que l’action va grimper et que le prix actuel de l’action est nettement trop bas. Les déclarations encourageantes de ses collègues parviennent à apaiser l’investisseur et le sujet est, dans l’immédiat, réglé (dissonance cognitive). Lorsque toutefois, sur le marché, de nouveaux indicateurs négatifs sont publiés et que le cours de l’action tombe à 6 francs suisses, il est totalement perturbé et observe, déconcerté, la chute des cours. Quand le cours de l’action atteint la barre des 5 francs, il essaie, sans trop réfléchir, de réduire le prix
d’acquisition (effet de disposition) en en rachetant encore davantage.

Sur le court terme, la stratégie semble marcher et le cours se relève effectivement. Finalement, le cours de l’action tombe aux alentours de 4 francs suisses; il renonce alors mentalement à son placement et refoule son investissement. Il se promet de ne recontrôler le cours de l’action que dans quelques années et ne veut plus, dans l’immédiat, toucher au marché des actions. De plus, il cherche les causes de sa défaillance dans les rapports d’analystes incorrects et auprès de son conseiller, qui aurait dû l’empêcher d’acheter de nouvelles actions (attribution bias).

Parce que l’investisseur ne veut pas s’avouer ses erreurs, il ne dissout pas la position, sinon il réaliserait définitivement les pertes et les conséquences de ses erreurs. L’aversion pour le risque est profondément ancrée en lui et l’empêche de vendre de manière anticipée, avec une perte limitée. On dit, dans ce contexte, qu’il agit avec aversion pour le risque, c’est-à-dire qu’en cas de bénéfices, il vend de manière anticipée et qu’en cas de pertes, il fait dans la propension au risque et reste trop longtemps sans vendre (prospect theory).

Il faut fixer des limites de pertes! Si un investisseur achetant des produits à effet de levier agissait de la sorte, son investissement se solderait la plupart du temps par une perte totale.

Les warrants, produits très courus, ont une date d’échéance, et si, à la fin de la durée du placement, le cours ne se situe pas dans la zone souhaitée, ils deviennent caducs et sans valeur. Pour les Mini-Futures et les knock-out warrants, on arrive tout aussi rapidement à une perte totale, étant donné que les produits ont un seuil de knock-out prédéfini. Si celui-ci est atteint, les produits sont immédiatement caducs et sans valeur.

Il n’y a que sur les certificats Faktor que l’investisseur, dans ce cas, ne perdrait pas tout l’argent, étant donné que ces produits ne possèdent pas de knock-out et présentent une durée open-end. Cependant, les certificats Faktor ne sont pas des instruments buy-and-hold classiques.

Ainsi, les investisseurs en actions et en produits à effet de levier seraient mieux avisés de miser dès le départ sur des limites de pertes, qu’il s’agisse d’un ordre stop loss prédéfini voire même uniquement d’un stop loss mental. Il est donc extrêmement important que les investisseurs en produits à effet de levier fassent preuve de discipline de placement et aient conscience des influences psychologiques de leurs actes. De plus, ils doivent tenir compte du fait que les produits à effet de levier doivent être gérés activement et ne pas simplement être gardés et oubliés.

Bilan: en définitive, on peut tirer la conclusion suivante: il vaut mieux, la plupart du temps, réaliser des pertes tant qu’elles sont encore réduites. Cependant, la psychologie contrecarre bien souvent les desseins des investisseurs. D’autres facteurs d’influence psychologiques ont en outre pour effet que les placements dans des produits à effet de levier peuvent se solder par une perte totale.

Il s’agit de comprendre et de contourner ces obstacles psychologiques, par exemple avec des barrières stop-loss prédéfinies ou avec la sélection du produit qui convient.

Reproduire
Texte - +