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Art Basel vendredi 15 juin 2012

Art Basel In et Off, des stratégies de présentation

Galerie Zwirner à Art Basel. (veroniquebotteron.com)

Galerie Zwirner à Art Basel. (veroniquebotteron.com)

Six foires spécialisées sont installées dans le sillage de la manifestation rhénane. Elles représentent chacune un segment du marché

Art Basel, c’est 300 galeries sélectionnées parmi plus de 1000 candidates. C’est aussi six foires qui sont venues se glisser dans le sillage de la baleine pour profiter de la présence des collectionneurs et des responsables d’institutions culturelles qui viennent chaque année à Bâle. Six foires Off: Liste The Young Art Fair, la plus ancienne qui en est à sa 17e édition, Scope, Volta, The Solo Project, Selection Art Fair, la plus petite et la plus récente. Enfin Design Miami Basel qui rassemble des galeries spécialisées dans le mobilier, et l’équipement d’architecture.

Quelles relations entretient la baleine Art Basel avec les petits poissons qui la suivent? Rien à voir avec les salons des refusés du XIXe siècle où exposaient les artistes exclus par le jury du salon officiel, même si quelques galeries recalées de la grande foire ont installé leur stand dans le Off. Aujourd’hui, à Bâle, à Londres lors de Frieze ou à Paris lors de la Fiac, il y a toujours du In et du Off. Et partout des œuvres intéressantes, mais qui n’intéressent pas la même clientèle car le marché est désormais découpé et hiérarchisé. Pour comprendre comment fonctionne la machine économique de l’art, il convient d’oublier un instant les œuvres, un instant pas plus, et de regarder comment elles sont présentées.

En quarante-trois ans d’existence, Art Basel a imposé un modèle qui définit l’excellence et le désir d’y accéder. Au début, en 1970, à l’époque où quelques galeries bâloises amies invitaient des galeries amies venues d’ailleurs, c’était encore un joyeux capharnaüm. Quelques années plus tard, le modèle des stands de foires-expositions traditionnelles consacrées à l’ameublement s’étant uni au modèle d’accrochage des galeries, une stratégie d’exposition était née, que le volontarisme de dirigeants de foires d’art a encore renforcé.

A Art Basel, cette année, il est possible d’observer deux types de stands avec quelques variations intermédiaires. Ceux des galeries exposant du moderne-classique de la première moitié du XXe siècle, Picasso, Klee, Ernst par exemple. Ces galeries reconstituent une ambiance d’appartement de luxe, moquette, murs colorés de bon goût, et mobilier design si possible historique, comme les fauteuils conçus par l’architecte Mies van der Rohe ou les sièges Saarinen de Knoll, en version originale.

A l’autre bout de la gamme, les galeries contemporaines qui présentent les artistes les plus connus. Elles obéissent le plus souvent au modèle du «white cube», murs blancs immaculés, accrochage aéré, grands formats.

C’est à partir de ces deux modèles qu’il est possible de distinguer les foires Off, leurs stratégies commerciales et leurs relations avec Art Basel.

Scope rassemble un peu plus de 70 galeries sous une grande tente à quelques minutes de la Messe. L’entrée, le hall et la répartition des galeries répliquent le modèle haut de gamme, mais en plus étroit et en plus petit. Si on peut ici ou là y trouver des artistes déjà reconnus et même figurant à Art Basel, la plupart des peintures, des sculptures, des photographies et des installations répliquent elles aussi des œuvres qui sont exposées dans la foire principale. Même esthétique, parfois peu maîtrisée, même thématique, souvent accentuée. Commercialement et techniquement, il est possible de parler d’un prêt-à-porter par rapport à la haute couture.

Liste The Young Art Fair, installée dans le labyrinthe de la brasserie Warteck, a une tout autre stratégie de présentation avec ses 64 galeries. Couloirs et escaliers allant dans tous les sens. Galeries se chevauchant dans des espaces biscornus. Accrochages à surprise où les grands formats, les petits formats et les objets obéissent à la logique de chaque exposant. Quant aux œuvres, elles se distinguent de celles d’Art Basel, notamment parce que leurs auteurs ont une stratégie individuelle de distinction et non d’imitation de ce qui marche déjà.

Liste invite chaque année un centre d’art pour qu’il présente ses activités dans une imprimerie qui se met en vacances pendant la durée de l’exposition. En 2010, c’était le Centre culturel suisse de Paris. En 2012, c’est Circuit, l’espace d’art contemporain géré par des artistes dont certains se sont déjà fait une place au soleil, et qui est installé à Lausanne. Circuit a pris possession de cette imprimerie avec fantaisie pour y présenter ses éditions et de remarquables vidéos. Une logique d’occupation, issue de l’expérience des squats et des entrepôts, qui est la marque de Liste.

Entre Scope et Art Basel, peu de passerelles, si ce n’est les rares artistes qui sont présentés à l’une et à l’autre. Les modèles sont proches, les segments commerciaux différents et séparés. En revanche, Liste est souvent une antichambre de la foire principale. C’est surtout un marché communiquant puisque les collectionneurs fortunés qui peuvent acquérir les œuvres haut de gamme à Art Basel et les responsables d’institutions qui chassent la nouveauté viennent y faire un tour pour y découvrir des artistes émergents avant que les prix ne flambent. Art Basel et ses foires Off ne donnent pas seulement le spectacle de l’art, il donne aussi celui d’un marché désormais bien structuré.

Art Basel, Scope, Liste. Ouvert tous les jours jusqu’à dimanche soir.

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