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Russie mercredi 07 mars 2012

«Vladimir Poutine est voué au déclin»

Selon le chroniqueur russe Konstantin von Eggert, invité mardi à Genève par le Centre for Security Policy pour commenter les résultats de l’élection, le président élu dimanche a perdu sa légitimité. L’opposition appelle à de nouvelles manifestations

La campagne de contestation menée depuis décembre n’a pas empêché Vladimir Poutine de remporter une large victoire à la présidentielle dimanche, avec près de 64% des voix. Pourtant, l’opposition est en train de bouleverser la scène politique russe. C’est en substance ce qu’a affirmé Konstantin von Eggert, invité mardi à Genève par le Centre for Security Policy pour commenter les résultats de l’élection.

«Poutine a perdu»

D’après ce chroniqueur de la ­radio moscovite Kommersant, «maintenant que la vie politique a repris, elle ne devrait pas s’arrêter. Poutine a perdu le jeu, il est voué au déclin.» Après douze ans de pouvoir (deux mandats présidentiels et quatre ans au poste de premier ministre), l’émergence d’une nouvelle «classe créative» éduquée force le maître du Kremlin à changer de stratégie. Il promet de moderniser la Russie et de mener des réformes économiques. Pourtant, il ne semble pas comprendre tout à fait ce qu’il lui arrive, estime Konstantin von Eggert. «Il a ignoré ses opposants pendant toute sa campagne.»

Les mouvements de protestation sans précédent qui ont vu le jour à Moscou et dans plusieurs autres villes du pays l’ont choqué, pense le commentateur. Ils montrent qu’«il n’est plus le président de tous les Russes», comme il a pu le faire croire lors de son ascension triomphale en 2000, alors qu’il entamait son premier mandat. Si l’on omet les fraudes – dénoncées par l’opposition et des observateurs – qui gonflent les résultats du scrutin d’environ 10%, Vladimir Poutine emporte tout de même la majorité des voix. Mais «cette majorité ne compte pas, affirme Konstantin von Eggert, puisqu’il n’existe aucun véritable adversaire parmi les autres candidats».

Se donner un visage

A présent, le président doit se battre contre un ennemi sans nom, une «force historique» incarnée par les dizaines de milliers de manifestants descendus dans la rue pour exprimer leur malaise face à un pouvoir trop autoritaire, «la première génération vraiment post-soviétique». Ces jeunes Russes urbains, informés et diplômés qui ont émergé sous Vladimir Poutine attendent plus aujourd’hui que la prospérité économique. Ils veulent choisir leurs représentants. Hétérogène et morcelée, l’opposition doit à présent «créer un parti, formuler un agenda et choisir un leader pour se donner un visage», ajoute le chroniqueur.

Au lendemain du scrutin, les détracteurs de Vladimir Poutine montrent qu’ils ne sont pas près de s’essouffler et appellent à de nouvelles manifestations. Plus de 500 personnes, dont certains meneurs, interpellées lundi soir à Moscou et à Saint-Pétersbourg alors qu’elles protestaient contre le résultat du scrutin, ont été libérées hier. Mais elles risquent des amendes, voire, pour certains, plusieurs jours de prison.

Peut-on s’attendre à une intensification de la répression? Non, estime Konstantin von Eggert. «Le pouvoir veut éviter la violence. Il craint trop une mise au ban par la communauté internationale.»

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