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formation vendredi 26 mars 2010

Entraîner les managers comme les sportifs ou les musiciens

(Wazdem)

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Une nouvelle formation continue de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) propose aux cadres de s’exercer aux situations d’entretiens difficiles. L’objectif est d’améliorer ainsi leurs compétences en communication interpersonnelle

Le projet a mis plusieurs années à prendre sa forme définitive, il est désormais ficelé. L’idée: s’inspirer des méthodes d’entraînement des sportifs d’élite, ainsi que des heures d’exercices des musiciens professionnels, pour mettre en place une formation en management misant largement sur la pratique. L’objectif est de développer les compétences en communication que les cadres mettent en œuvre lors d’entretiens entre quatre yeux, avec un subordonné, un supérieur, un client. Et de pouvoir améliorer la clarté du message, la qualité de l’écoute, la force de conviction, la confiance ou l’authenticité dégagée.

«Les entretiens qui posent des difficultés aux cadres sont souvent de même type», explique Marc Hitz, professeur à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) et responsable de la formation. «Ce sont ceux au cours desquels il s’agit de donner une mauvaise nouvelle, par exemple annoncer un licenciement ou une mutation, de recadrer un collaborateur qui ne donne pas satisfaction ou de faire une critique. Pour d’autres, il est ardu de déléguer ou de conduire un entretien avec un supérieur.»

Le cursus prend la forme d’un certificat d’études avancées (CAS) proposé par la HEIG-VD. Il sera lancé en novembre 2010 et durera 18 jours répartis sur six mois*.

Implication personnelle

La formation est conçue selon une alternance de différentes phases. Des périodes d’entraînement individuel sur le thème choisi par le participant à partir de ses besoins personnels d’abord. Les exercices s’enchaînent plusieurs fois de suite lors de mises en situation d’une douzaine de minutes chacune. Les scènes sont filmées pour pouvoir ensuite être visionnées. Cela permet au manager de s’auto-évaluer et de prendre conscience de ses propres attitudes, verbales ou corporelles. D’autres participants et des professeurs font office d’observateurs et délivrent ensuite feed-back et commentaires. Des moments de retour et d’échange avec les observateurs sont donc prévus, ainsi que des temps d’introspection. Des modules d’apports théoriques, centrés sur la communication managériale, l’intelligence corporelle et la gestuelle, l’écoute ou la prise de décision, entrent également dans le programme.

«En Suisse, on forme de très bons avocats, médecins ou ingénieurs, mais par rapport à des pays comme les Etats-Unis ou le Canada, les managers sont faiblement formés en communication interpersonnelle, estime Marc Hitz. Parmi les cadres, rares sont ceux qui ont suivi plus de quatre ou cinq jours de cours dans ce domaine. Souvent aussi, ces sessions courtes sont plus théoriques que pratiques, même si elles proposent des mises en situation ou des jeux de rôle. Au fond, en dehors des assessments, les dirigeants ont peu l’occasion d’exercer leur pratique managériale.»

La technique d’enseignement développée dans le CAS est celle de la pédagogie de «pratique impliquante», sur laquelle Marc Hitz a mené une recherche en compagnie d’un collègue de la Haute Ecole de gestion genevoise, Philippe Merlier. Cette méthode se calque sur la pratique sportive. «Trois grands principes de l’entraînement de pointe [sont] transférables à la formation des cadres, estiment les auteurs du rapport de recherche. Le sportif s’implique très fortement dans son entraînement, la pratique domine largement la théorie, le programme d’entraînement est très structuré et conçu d’entente entre entraîné et entraîneur.»

Transfert des compétences

De manière générale, les méthodes de formation passant par l’action, comme les simulations, les jeux de rôle ou les mises en situation, sont de plus en plus utilisées dans la formation des adultes, et en particulier celle des cadres. Elles permettent un meilleur transfert et ancrage des compétences, estiment de nombreux chercheurs. «On ne peut pas apprendre le leadership en lisant un ouvrage du type Comment devenir un leader charismatique en cinq leçons ou en suivant des cours ex cathedra», estime John Antonakis, vice-doyen de la Faculté des HEC à Lausanne et professeur en comportement organisationnel. «Le leadership s’apprend à l’aide d’exercices et de feed-back riches et immédiats dans un contexte de coaching par des spécialistes. Or l’un des problèmes des cadres est qu’ils ne reçoivent pratiquement jamais de retour sur leurs pratiques de leadership, et surtout pas de la part de leurs subordonnés. Ils ne sont donc guère incités à se remettre en question et à progresser.»

«Dans mes expériences scientifiques, poursuit John Antonakis, on peut obtenir des résultats à moyen terme, mais l’amélioration des compétences sociales se fait petit à petit, progressivement.»

L’espoir des promoteurs du CAS en entraînement managérial est bien de permettre un ancrage durable des comportements exercés. Et d’éviter que le naturel revienne au galop dès que le cadre retourne dans son milieu professionnel. «Le CAS mise sur la répétition des situations en atténuant ou en renforçant la difficulté pour ne pas seulement illustrer la théorie ou ouvrir les yeux des participants sur un problème, mais bien pour développer leurs compétences», commente Catherine Hirsch, directrice adjointe de la HEIG-VD et doyenne pour la Haute Ecole de gestion. «Pour que, à l’instar d’un mouvement sportif ou d’un passage musical, une fois qu’on l’a attrapée, la posture, ou le geste, soit acquise.»

* Prix: 8150 francs. Infos: www.cas-emc.ch

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