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vie numérique mercredi 21 mars 2012

Les petits papiers de Bachar

Suite à la publication des courriels privés du couple, l’Union européenne a annoncé qu’elle adopterait, le 23 mars, une nouvelle série de sanctions contre le gouvernement syrien. (Reuters)

Suite à la publication des courriels privés du couple, l’Union européenne a annoncé qu’elle adopterait, le 23 mars, une nouvelle série de sanctions contre le gouvernement syrien. (Reuters)

Les codes des comptes e-mails du président syrien et de son épouse ont été obtenus par une technique de piratage «à l’ancienne»: recopiés sur une simple feuille de papier

On se dit que c’est tout de même bien stupide. On a beau invoquer un énième acte de piratage des Anonymous, une vile vengeance de Julian Assange ou l’action «under cover» de la CIA… Le constat est sans appel: les codes e-mails privés du couple Assad n’ont pas été obtenus par une technique de piratage élaborée. Mais disons à «l’ancienne». C’est un sympathisant travaillant au ministère de l’Intérieur à Damas qui aurait remis les adresses et leurs mots de passe aux opposants sur une simple feuille de papier.

Les faits remontent au mois de juin dernier. Deux activistes syriens, qui vivent hors du pays, ont utilisé ces codes e-mails pour mettre sur pied une surveillance étroite du couple Assad. Pour cela, ils se sont relayés sans cesse pour rester connectés aux comptes e-mail du couple. Les espions surveillent les messages entrants et les recopient avant que Bachar ou sa femme ne les supprime. La technique est rudimentaire. Il existe de nombreux outils permettant de copier automatiquement les emails reçus par une adresse une fois que l’on a obtenu l’accès au compte. Le couple Assad devrait le savoir.

Depuis plusieurs mois, le régime syrien s’équipe massivement de logiciels de surveillance des communications. Marie Colvin et Rémi Ochlick, les deux journalistes étrangers tués le 22 février dans le bombardement du centre de presse improvisé à Homs, auraient été trahis par leurs téléphones satellitaires, selon plusieurs témoignages. Les forces de Bachar el-Assad auraient capté les signaux émis par leurs téléphones pour cibler le centre de presse du quartier de Bab Amro, à Homs, où les lignes téléphoniques filaires sont coupées.

En novembre 2011, une enquête de l’agence américaine Bloomberg confirmait l’achat, par Damas via la société italienne Area SpA, de plusieurs logiciels espions. Une technologie qui permet l’interception, l’analyse et le classement de l’ensemble des communications sur le réseau internet (e-mails, forums de discussions) et téléphonique syrien.

La Syrie aurait mandaté Area SpA peu après l’éclatement de la révolte en mars 2011, selon une source anonyme citée par Bloomberg. Le personnel de la société italienne, basée à Milan, serait resté plusieurs semaines à Damas pour former le service de renseignement syrien.

Suite à la publication des courriels privés du couple, l’Union européenne a annoncé qu’elle adopterait, le 23 mars, une nouvelle série de sanctions contre le gouvernement syrien. Des mesures qui viseront notamment Asma el-Assad, plus préoccupée par le sort de sa nouvelle paire de Louboutin que celui de son peuple.

Quand on s’appelle Bachar el-Assad, se faire piéger de la sorte…

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