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produits structurés lundi 30 janvier 2012

2012 sera l’année du dollar

Pierre Leconte, gérant auprès de Fuchs & Associés Finance (Suisse) SA, est un expert en monnaies et métaux précieux

Le Temps: Vous gérez un portefeuille en métaux précieux. Mais pourquoi utilisez-vous aussi des dérivés pour maximiser le rendement?

Pierre Leconte: Il faut employer une stratégie long/short et non pas uniquement longue (achat-garder) comme la plupart des gérants, parce que la volatilité des métaux précieux est particulièrement forte. En 2011, l’or a gagné 10% en dollar, mais l’argent a baissé de 10% en dollar, le platine de 22% et le palladium de 18%.

Je pense que le dollar va s’apprécier en 2012 et provoquer une baisse de l’or. Le billet vert va s’apprécier au moins jusqu’à l’élection présidentielle américaine parce que Ben Bernanke ne démarrera pas un troisième assouplissement quantitatif (QE3) avant l’élection pour ne pas perturber le processus politique, et parce que les républicains ont affirmé qu’il serait démis de ses fonctions à la prochaine mauvaise décision.

De plus, la situation européenne soutiendra le dollar. La monnaie américaine montera tant qu’il n’y a pas d’implosion de la zone euro dans sa forme actuelle, avec sortie de un à trois pays non compétitifs, incapables de dégager un excédent de la balance extérieure et de payer leurs dettes. Le jour où la Grèce, le Portugal et peut-être l’Espagne et l’Italie, voire la France selon le résultat des élections présidentielles, sortiront de l’euro, alors la tendance s’inversera.

– Est-ce qu’il n’y a pas trop d’optimistes sur le dollar, donc de baissiers sur l’euro?

– Lorsqu’on entend dire que le marché est long sur le dollar, je ne le crois pas. Le potentiel haussier du dollar est sous-estimé. Il peut grimper jusqu’à 1,15 euro pour un dollar. Avec ce scénario, l’or pourrait baisser jusqu’à 1300 dollars l’once, ou même 1160 dollars.

– Quels instruments employez-vous pour une stratégie long/short?

– La stratégie consiste à utiliser simultanément des positions à la hausse et à la baisse. Par exemple, j’achète en position de base des ETF sur l’or de la ZKB, qui garantit la couverture or et la livraison de l’or avec un préavis d’une semaine. Et je protège cette position de base par des achats d’options put sur la bourse du Comex. Selon le mouvement des marchés, j’ajuste ces positions. En 2011, nous avons connu deux grands mouvements, une forte baisse de l’argent en mai et une seconde en fin d’année. C’est à ces deux moments clés que j’ai enregistré mon gain annuel. Je ne l’ai pas fait à la hausse. Il ne faut pas rester avec des positions à contresens. Beaucoup d’investisseurs pratiquant le long/short «tournent» sur la jambe gagnante et laisse croître sur l’autre jambe. Il est préférable de prendre ses profits quand, par solde, il y en a et en même temps de prendre sa perte sur la position perdante.

– Que faire en 2012?

– Il n’y a que deux décisions à prendre, acheter des obligations du Trésor américain parce que les taux d’intérêt américains ne remonteront pas et parce que les obligations d’Etat apparaissent comme un havre de sécurité, et du dollar directement.

– Le dollar sous quelle forme?

– Soit sous la forme de cash, ou d’ETF en dollars ou d’options calls. Je crois que le dollar montera à parité aussi contre le franc. Je partage l’avis de Bob Prechter, avec sa théorie des vagues, qui s’attend à une déflation par la dette. A son avis, le service de la dette publique devient extrêmement compliqué et les Etats ne peuvent plus recourir à de nouveaux programmes de relance keynésienne.

– Sur le marché suisse des structurés, on trouve beaucoup de produits sur l’or avec un profil asymétrique. Est-ce que certains produits vous paraissent adaptés à votre scénario?

– Non, en raison d’un problème d’évaluation de ces produits. Lorsque le marché fluctue fortement, il est assez rare que ces produits suivent ces mouvements dans la même ampleur et immédiatement. L’ETF de la ZKB et les puts n’ont pas ce problème.

– Pourquoi pensez-vous que l’UE ne remettra pas la zone sur les rails?

– Il n’y a qu’une solution au problème de la dette des pays périphériques, et maintenant du cœur de la zone, c’est la mutualisation de la dette à travers des «eurobonds». Mais les Allemands n’en veulent pas, parce qu’ils ne veulent pas payer pour tous les autres. Sans parler des problèmes juridiques éventuels.

Comme la BCE ne pratique pas d’assouplissement quantitatif et n’achète pas en direct les obligations d’Etats européens, le problème structurel ne peut être résolu. Et d’ailleurs si elle le décidait aujourd’hui, il en résulterait une panique généralisée.

La seule solution raisonnable consiste à envoyer les Etats en situation de faillite traiter avec le FMI. Il aurait fallu envoyer la Grèce immédiatement au FMI. Le pacte du 9 décembre vise à rendre contraignants des critères d’endettement comme Maastricht, mais ces derniers n’ont jamais été respectés. La menace de sanctions pour des pays en faillite n’est pas davantage crédible puisqu’ils ne peuvent pas payer. A chaque réunion de la dernière chance, on sort avec une déception supplémentaire. Mais il existe une telle méfiance sur le dollar, justifiée par son passé, que rares sont ceux qui puissent envisager sa hausse. Moi-même je n’ai changé d’avis que depuis mai 2011 parce que le problème européen est existentiel. Les Etats-Unis n’en sont pas là, même s’ils ont perdu leur triple A.

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