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incidences mardi 21 février 2012

Suisse-ONU: dix ans de mariage heureux

La Suisse s’apprête à célébrer le dixième anniversaire de son entrée aux Nations unies, dix ans qui lui ont donné des ailes sur le plan international. Par François Nordmann

La Suisse s’apprête à célébrer le dixième anniversaire de son entrée aux Nations unies. Le 3 mars 2002, le peuple et les cantons adoptaient l’initiative populaire lancée quatre ans plus tôt pour demander l’adhésion à l’ONU. Le gouvernement avait soutenu les initiants plutôt que de prendre lui-même les devants: il est vrai qu’une tentative précédente de rejoindre l’organisation s’était heurtée en 1986 au rejet massif de l’électorat – le pire échec de l’histoire constitutionnelle du pays. En quatorze ans, les esprits avaient évolué – mais tout juste. La marge était étroite: si le canton du Valais avait refusé l’adhésion, et il s’en est fallu de 1350 voix, le non l’aurait emporté parmi les cantons. La majorité populaire était plus nette: 1 489 062 oui contre 1 237 725 non. La Suisse a donc été admise à l’Assemblée générale en qualité de 190e Etat membre le 10 septembre 2002.

Depuis lors, la participation de la Suisse à l’ONU est largement acceptée par l’opinion publique, c’est même un sujet de fierté pour la plupart des acteurs politiques. Elle a permis de refonder la politique extérieure de la Suisse en plantant le décor d’une action renforcée et décomplexée au plan international. La Suisse collaborait déjà d’assez près à l’œuvre des Nations unies, notamment aux programmes volontaires de développement et d’aide humanitaire, mais sans pouvoir faire valoir son influence ni prendre d’initiatives. Le domaine politique lui était interdit. Elle avait plus de peine à se faire entendre dans les questions administratives et budgétaires, pourtant vitales pour la défense du siège de Genève.

La Suisse mène sa barque depuis dix ans à Manhattan de telle manière qu’elle peut à la fois désamorcer les critiques à l’interne et avoir un réel impact sur les dossiers traités.

Certes, la Suisse n’était pas une débutante sur la scène multilatérale, et elle s’est inspirée à l’ONU des expériences acquises auparavant au sein des organisations à caractère économique, telles que la Cnuced ou l’OMC: défendre ses principes, tenter de concilier des points de vue divergents, trouver des alliés et chercher à renforcer l’organisation. Encore fallait-il adapter ces préceptes à une organisation de caractère politique, dans une période de tensions et de polarisation.

Sur le plan intérieur, l’accent a été mis sur une information de qualité destinée au grand public. L’essentiel des débats sur la politique de la Suisse au sein des Nations unies a eu lieu au parlement.

Dans l’action diplomatique, la Suisse s’est attachée à développer une politique de niche, se greffant sur une douzaine de grands sujets, y compris des thèmes touchant à la paix et à la sécurité internationale, et sans crainte de s’opposer aux vues des grandes puissances. Par exemple, dans le délicat domaine des sanctions internationales, qu’elle s’est gardée de remettre en cause, elle a contribué à améliorer les procédures garantissant les droits des personnes injustement visées, avec le concours de plusieurs autres Etats occidentaux. De même, dans les débats sur le terrorisme et le contre-terrorisme, elle a veillé à ce que les mesures décidées par le Conseil de sécurité se conforment aux droits de l’homme, tout en les appliquant pour sa part. Suivant la même stratégie, elle s’est concentrée, dans le secteur de la non-prolifération, sur la mise hors la loi des armes nucléaires, dont les effets sont contraires aux Conventions de Genève – thème des plus sensibles. Elle a également agi dans le domaine plus traditionnel des droits de l’homme et du droit humanitaire international.

La Suisse envisage de siéger dans dix ans au Conseil de sécurité: sans attendre, elle s’en est prise à la réforme de ce Conseil: non pas à l’élargissement de sa composition, objet principal de la réforme, mais à l’amélioration des méthodes de travail, pour mieux associer les Etats non-membres à ses travaux. Entourée à cette fin de quatre autres pays – la Jordanie, le Costa Rica, le Liechtenstein et Singapour – elle a pu remporter quelques succès limités. Valait-il la peine pour autant de titiller les cinq membres permanents à ce propos? Quoi qu’il en soit, son zèle a été récompensé puisque l’ambassadeur Paul Seger a pu prendre la parole au Conseil une demi-douzaine de fois en 2011.

En assurant la présidence de la Cinquième Commission, l’ambassadeur Peter Maurer, aujourd’hui secrétaire d’Etat, a arbitré un certain nombre de décisions sur le budget et la contribution des Etats membres.

Le point culminant de ces dix dernières années a été sans conteste la présidence de Joseph Deiss à la 65e Assemblée générale (AG), l’an dernier. Il a pu régler notamment la question des relations de l’AG et du G20, renforçant ainsi la place de l’Assemblée générale au cœur d’un système multilatéral en crise.

Le bilan est donc largement positif. Toutefois, comme Micheline Calmy-Rey l’avait bien vu, l’engagement de la Suisse à l’ONU souffre de l’absence de Casques bleus. C’est un handicap d’autant plus lourd que la Suisse participe statutairement au financement des opérations de maintien de la paix.

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