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produits structurés lundi 30 janvier 2012

Les réformes doivent s’accélérer

(Dessin original de Simon)

(Dessin original de Simon)

Le marché suisse des structurés , de la production à la vente, représente quelque 1500 emplois. La menace de surréglementation est particulièrement vive

La place suisse des fonds de placement doit se mettre rapidement d’accord pour que la gestion demeure en Suisse, après que la production a, depuis des années, émigré au Luxembourg. Nous parlons ici de la révision de la loi sur les placements collectifs (LPCC). Le consensus est d’ailleurs loin d’être acquis tant les modèles d’affaires des instituts financiers sont différents.

L’adaptation de l’industrie nous paraît également urgente dans le secteur des produits structurés. L’environnement politique n’a pas besoin d’être répété. La finance est la cible idéale, le bouc émissaire de la crise, ce qui permet aux autres responsables, des politiciens (politique immobilière, réglementation bancaire) aux banquiers centraux, de passer entre les gouttes. C’est un fait de l’après-crise que le vent politique souffle en faveur des interventionnistes.

Dans les structurés, chacun reconnaît la nécessité de poursuivre les mesures destinées à améliorer la transparence, la compréhension des risques et la comparabilité des produits. La Finma a publié un rapport à ce sujet en décembre. Mais si l’industrie des structurés reconnaît des déficits ponctuels, elle doit surtout accélérer le pas dans la résolution de ces problèmes, harmoniser les formulations, obliger les émetteurs à publier leurs prospectus dans les langues nationales et pas seulement l’anglais, et présenter des prospectus simplifiés qui cherchent davantage à informer l’investisseur qu’à couvrir l’émetteur contre les risques juridiques.

Mais la menace va bien au-delà. Les banques émettrices reconnaîtront-elles l’urgence? Le dialogue semble en effet se durcir entre les autorités et l’industrie. Ou plus exactement, le dialogue semble avoir disparu. La Finma veut sortir du schéma de l’autoréglementation pour lui préférer la voie législative, en l’occurrence la révision de la LPCC.

Pourtant, une analyse sérieuse du rôle des produits structurés pour les investisseurs et du fonctionnement de cette industrie devrait permettre d’éviter de commettre l’irréparable.

L’industrie suisse des produits structurés, qui représente 1500 emplois selon nos sources, est leader en Europe et n’a pas déménagé sa production à Luxembourg ou Londres. Les principaux acteurs, de Vontobel à Julius Baer, Clariden Leu, EFG Financial Products et environ la moitié des spécialistes d’UBS et de Credit Suisse, produisent leurs structurés en Suisse. Pour ne parler que de EFG FP, situé à Zurich à côté de Google Suisse, il dispose maintenant de quelque 250 employés. Cette start-up innovante a atteint un stade de développement qui lui permet de s’introduire en bourse.

Berne semble parfois très éloignée de l’industrie, ignorant la concurrence internationale pour l’emploi et le savoir, et préférant porter son regard sur la politique de l’Union européenne. Bruxelles a en effet démarré son projet qui vise à présenter des term sheets prédéfinis dès 2013. Symbole de l’hystérie ambiante, certains parlementaires européens veulent même interdire les produits structurés au grand public, reprenant ainsi «l’exemple belge». Le vent formaliste souffle violemment. Selon le magazine Payoff, une banque allemande vient d’émettre une série de produits munie d’un prospectus de plus de 2000 pages. L’investisseur en sera-t-il mieux protégé? Ignore-t-on le bon sens du consommateur? N’en déplaise aux critiques, le marché des structurés a considérablement changé en termes de réduction des risques depuis 2008 (COSI, emprunts de référence), multipliant les initiatives pour améliorer la connaissance des produits et de leurs risques.

Enfin, beaucoup semblent négliger la fonction même des produits structurés sur le marché. Alors qu’un placement en actions n’a rien apporté au cours des dix dernières années, le structuré, tel le frein et le volant d’une voiture, permet précisément à l’investisseur d’atteindre son objectif en contrôlant les risques. On appelle cela un profil de risque asymétrique. Ce n’est pas une surprise si les produits d’optimisation de la performance se sont accrus de 37% en 2011. Pourtant, cela n’empêche pas certains de critiquer jusqu’à leur existence et leur nécessité. Personne n’oblige à les acheter si on ne les comprend pas. De même, personne n’est obligé d’être sur Facebook. Mais ce dernier secteur a généré 232 000 emplois en Europe l’an dernier, selon une étude de Deloitte.

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