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DÉMISSION mardi 28 février 2012

Genève prépare la succession de Mark Muller

Mark Muller, devant le siège du PLR: «Il fallait dire stop, pour préserver l’intégrité de mes proches, la mienne et ma santé.» (Keystone)

Mark Muller, devant le siège du PLR: «Il fallait dire stop, pour préserver l’intégrité de mes proches, la mienne et ma santé.» (Keystone)

Après la démission du libéral, MCG, PLR et PS s’apprêtent au combat. Les socialistes ont l’embarras du choix, alors que l’origine libérale ou radicale du papable constituera un souci pour le PLR

En théorie, 2012 aurait dû marquer à Genève une pause dans l’agitation politique, l’année d’accalmie politique, puisque dépourvue d’élection. C’est raté. La voie est ouverte à un renouvellement d’un siège gouvernemental d’ici à l’été, après la démission annoncée lundi par Mark Muller. Le conseiller d’Etat libéral a jeté l’éponge au terme de plusieurs semaines de tumultes consécutifs à son altercation du 1er janvier dans une discothèque. Le combat pour sa succession s’annonce féroce. Si la date du scrutin n’est pas encore fixée, on devine déjà que la bataille prendra une forme triangulaire entre le camp du démissionnaire, la gauche et les forces populistes.

Le MCG monte au filet

Une seule candidature semble certaine ou presque, celle du président MCG Eric Stauffer. Le député cantonal et magistrat onésien a annoncé le premier sa candidature «non pas par opportunisme, mais parce que le MCG a la légitimité de siéger au Conseil d’Etat». Les délégués du MCG se prononceront jeudi sur cette candidature, mais cela semble a priori une formalité. Eric Stauffer déclare déjà qu’il axera sa campagne sur la sécurité: «Si je réussis, le gouvernement devra opérer une rocade avec Isabel Rochat pour me confier la police. Quant à la population, elle aura seize mois pour juger de mon action avant la prochaine élection générale. Je veux lui prouver que l’on peut changer les choses si on a la volonté politique.»

De façon générale, les chances du MCG d’accéder à l’exécutif sont jugées minces. Isolé, le mouvement est pénalisé dans cette élection au système majoritaire où le jeu des alliances est déterminant. En 2009, Eric Stauffer était loin du compte, terminant dixième de la course, derrière son colistier Mauro Poggia, avec un retard de 10 000 voix sur la personnalité la moins bien élue. Cette malédiction pouvait être conjurée, estimait-on ces dernières semaines, grâce au contexte exceptionnel d’un scrutin se jouant sur fond de scandale: le discrédit qui semble éclabousser toute la classe politique constitue un terreau idéal pour une mouvance populiste.

Mais Eric Stauffer s’est illustré vendredi au parlement en jetant le contenu de son verre d’eau sur le libéral Pierre Weiss, qui l’avait provoqué. L’incident, révélateur d’une impulsivité qui n’est pas inédite chez le président du MCG, risque d’amoindrir ses chances. Le candidat ne souhaite plus commenter l’affaire et abandonne sa menace de plainte contre Pierre Weiss, communiquée douze heures plus tôt. Mais ses adversaires, eux, ne se privent pas de gloser: «Ce geste, qui était presque un acte manqué, le disqualifie dans la course au Conseil d’Etat, juge le président du Parti socialiste, René Longet. La leçon de l’affaire Muller est justement qu’on doit, pour être politiquement crédible, savoir se tenir dans des situations de désaccord.» Le Bureau du Grand Conseil se prononcera ce mardi sur l’altercation et de possibles sanctions.

Ce comportement ne fera pas gagner des alliés à Eric Stauffer: «Les attitudes de certains seront difficiles à soutenir», lâche ainsi la présidente de l’UDC genevoise, Céline Amaudruz, questionnée sur une possible alliance entre son parti et le MCG. Celle-ci précise que toute décision sur une candidature ou alliance incombera aux instances du parti. Et que les négociations sur une droite élargie ne porteront pas seulement sur ce scrutin partiel mais également sur l’élection générale de 2013 (ou 2014 si la nouvelle Constitution est votée en octobre prochain). Elle suggère l’organisation d’une élection primaire au sein de la droite élargie.

Le PLR cherche un sauveur

Le PLR a donc des tractations à mener sur sa droite. Du côté du centre, le PDC ne devrait pas «présenter de candidat sauvage», selon son président, François Gillet, interrogé avant la réunion du comité directeur prévue lundi soir. Eprouvés par les déboires de Mark Muller, mais aussi par ceux d’Isabel Rochat, l’autre libérale du gouvernement, les libéraux-radicaux, fraîchement fusionnés, ont beaucoup à faire à l’interne. La formation bruisse de rumeurs sur un complot radical qui aurait accéléré la chute de Mark Muller, peu après le remplacement par le libéral Olivier Jornot du radical Daniel Zappelli au poste de procureur général. Or, la figure la plus évidente pour tenter le sauvetage du siège libéral serait le maire de Genève, Pierre Maudet, radical. Ce dernier restait hier en embuscade, indisponible pour les appels de la presse. Mais calmer les ardeurs fratricides sera aussi difficile que motiver les vocations, dans un contexte électoral périlleux. «Dans cette ambiance d’assassinat collectif, on se demande qui aura envie de partir au combat», soupire un libéral. Des noms circulent pourtant. Notamment ceux des députés Pierre Weiss (encore lui!), Renaud Gautier et Ivan Slatkine. Mais celui-ci est notoirement réticent à l’idée d’abandonner sa maison d’édition dans un délai aussi bref. Quant au libéral Thomas Barth, magistrat de Veyrier, il apparaît comme «grillé» au sein du parti, après ses nombreuses piques contre Mark Muller.

Cohue chez les socialistes

Le PS peut voir dans l’épisode l’occasion inespérée de reprendre son deuxième siège au Conseil d’Etat, perdu en 2009 au profit des libéraux. Cette défaite avait mis fin à la première majorité gouvernementale de gauche survenue à Genève depuis les années 1930. Une candidature socialiste sera choisie lors du congrès prévu le 24 mars, avec un délai au 11 mars pour se déclarer. Au vu des difficultés de ses adversaires, le parti sait que ses chances de succès sont consistantes. L’embûche résidera plutôt dans l’embarras du choix parmi ses très nombreux papables. Outre les critères usuels d’expérience et de positionnement, le parti débattra sans doute du sexe de la candidature idéale. L’actuel siège socialiste au Conseil d’Etat est occupé par un homme, Charles Beer, certes en fin de mandat.

Une pléthore de noms est évoquée. Parmi les élus fédéraux, on cite Liliane Maury Pasquier, Manuel Tornare et Carlo Sommaruga. Compagne de ce dernier, la conseillère administrative de Genève Sandrine Salerno n’est pas la seule élue communale envisagée: il y a aussi le maire de Vernier, Thierry Apothéloz, et son homologue d’Onex, Carole-Anne Kast. Celle-ci est déjà sortie du bois, tout comme la députée Anne Emery-Torracinta. D’autres, comme Tornare ou Apothéloz, invoquent un «délai de décence». Cette foule de vocations peut être synonyme d’empoignade générale et de guerre de chapelles, quoi qu’en dise le président de la formation, René Longet, persuadé que le PS saura rester uni derrière la personnalité désignée le 24 mars, dans un contexte favorable: «Les prochaines élections vaudoises constitueront une prise de température, et la présidentielle française semble donner une indication de changement.»

Les Verts, qui disposent déjà de deux magistrats cantonaux, n’ont a priori pas l’intention de concurrencer les ambitions socialistes, a fait savoir hier leur président, Yvan Rochat. Reste à savoir comment se positionnera la gauche dure qui, dès 2005, a multiplié les équipées électorales aventureuses.

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