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Césars samedi 25 février 2012

Une soirée placée sous le signe du glumour

César du meilleur film pour «The Artist». (Keystone)

César du meilleur film pour «The Artist». (Keystone)

La 37e Cérémonie des Césars perpétue une tradition d’ennui, mais laisse de la place au rire et à l’émotion. «The Artist» domine le palmarès avec six prix. Mais Omar Sy brûle la politesse à Jean Dujardin.

Les interminables préliminaires auxquels s’adonne Canal + avant que la soirée ne commence, interviews bidon sur le thème de «Alors, content?» tombent sur le moral du téléspectateur. Non, déjà la Nuit des Césars? Elle va durer combien de temps?… Quoi, neuf heures? Ah non, c’est un gag, juste trois heures…

L’événement est réputé depuis trente-six ans pour la densité de l’ennui qu’il distille. L’édition 2012 semble de prime abord ne pas vouloir déroger à la règle, jusqu’en son mignon paradoxe, consistant à consacrer le plus clair du temps à exorciser le spectre de l’ennui. C’est une nouvelle fois Antoine de Caunes qui s’y colle. L’amuseur a trouvé le néologisme définissant ce panachage de solennité et de dérision, de déférence et d’irrespect, d’émotion et de cynisme caractérisant le pince-fesse annuel: c’est le «glumour», la contraction judicieuse du glamour et de l’humour.

Le glumour c’est remercier son producteur, l’équipe technique, les parents, la femme et les enfants et se gausser dans le même souffle des remerciements au producteur, à l’équipe technique, aux parents, à la femme et les enfants. C’est de proposer aux malchanceux de se consoler avec un gros pétard!

Le glumour, c’est le choc du jingle bling-bling, nimbant de poudre d’or une statuette en lévitation, et des blagues de potaches. C’est regretter la brusque disparition d’un géant du cinéma, Megaupload, pour introduire l’obituaire. Ce sont les larmes de Bérénice Bejo lorsque son mari Michel Hazanavicius touche le césar du Meilleur réalisateur pour The Artist, larmes redoublées lorsqu’elle est sacrée Meilleure actrice pour sa prestation dans le même film.

Le glumour c’est citer Balzac: «Il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie.» Antoine de Caunes: mais je ne souffre pas… Regard affligé de Begbeider en direction du public. C’est Mathieu Kassovitz qui, à la stupéfaction générale, se pointe sur scène après avoir annoncé qu’il enculait le cinéma français. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale persifle: «Je viens tenir ma promesse. Je suis un homme d’honneur.»

Le glumour, c’est Kad Merad qui se ramasse un gadin fracassant dans la grande tradition du burlesque. C’est l’émotion palpable d’Omar Sy, couronné Meilleur acteur: le colosse black n’arrive même plus à vanner, il remercie la terre entière et puis exécute les pas de danse zinzin qu’il fait dans Intouchables…

Il y a un frémissement dans l’air naguère rance des Césars. Quelque chose qui rompt avec la componction des années précédentes. Un signe annonciateur de l’arrivée du printemps, aussi affriolants que les galbes féminins, ô décolletés vertigineux de Kate Winslet, invitée d’honneur, de Sylvie Testud, d’Aure Atika… Ô jambes aguicheuses de Valérie Donzelli ou de Sara Forestier. Une nouvelle génération s’installe. Des gens issus de la diversité et grandis avec les déconneurs de Canal +. Des citoyens du monde pour lesquels les noms de Belmondo et Delon évoquent peut-être une marque de gramophone. Des gars et des filles qui ont une approche plus ludique que mystique du glamour. De «grands quelqu’uns», pour reprendre l’expression du père d’Omar Sy.

Le cinéma français peut avoir le sourire. Il sort d’une année exceptionnelle avec 215 millions d’entrées – du jamais vu depuis 1966. Intouchables, The Artist, Polisse, L’Exercice de l’Etat, La Guerre est déclarée… Les films français ont cartonné dans des registres fort différents, de la comédie irrésistible au film d’auteur. Président de la soirée, Guillaume Canet, le souligne. Il remercie les spectateurs de leur fidélité. De Caunes affine la pensée: merci au cinéma, en ces temps de morosité, de remonter le moral des gens avec des histoires de pédophiles (Polisse) de handicapés (Intouchables), de ministre des transports (L’Exercice de l’Etat), d’acteur au chômage (The Artist). Ça c’est top glumour.

Mais lorsque Bérénice Bejo ou Omar Sy pleurent d’émotion ou éclatent de joie, le cynisme s’envole, l’ennui se dissipe. En 2012, la redoutée Nuit des Césars a réussi à mettre du baume à l’âme des spectateurs.

Meilleur film étranger

Une Séparation, d’Asghar Farhadi

Meilleur Film d’Animation

Le Chat du Rabbin, de Joann Sfar, Antoine Delesvaux

Meilleur Premier Film

Le Cochon de Gaza, de Sylvain Estibal

Meilleur Espoir Féminin

Ex æquo: Naidra Ayadi (Polisse) et Clotilde Hesme (Angèle Et Tony)

Meilleur Espoir Masculin

Grégory Gadebois (Angèle Et Tony)

Meilleure Actrice dans un second rôle

Carmen Maura pour Les Femmes du 6e étage

Meilleur Acteur dans un second rôle

Michel Blanc pour L’Exercice de l’Etat

Meilleur Réalisateur

Michel Hazanavicius (The Artist)

Meilleure Actrice

Bérénice Bejo pour The Artist

Meilleur Acteur

Omar Sy pour Intouchables

Meilleur Film

The Artist, de Michel Hazanavicius

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