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Exposition samedi 05 décembre 2009

Robots, automates et androïdes

«Atom Suit Project. Antenna of the earth», Kenji Yanobe, 2000-2001. (Prolitteris 2009)

«Atom Suit Project. Antenna of the earth», Kenji Yanobe, 2000-2001. (Prolitteris 2009)

A Lugano, une ambitieuse exposition retrace l’histoire du rapport de l’homme aux machines, en particulier celles qui nous imitent ou veulent nous remplacer

«Je est un autre»: c’est à la célèbre affirmation de Rimbaud que l’on pense au cours de la visite de l’ambitieuse exposition dédiée aux robots, automates et autres androïdes à Lugano. Façonnées à notre image, ces mécaniques boulonnées, caparaçonnées et articulées ne cessent depuis des siècles de nous renvoyer à nous-mêmes, à nos peurs, à nos espoirs, à notre volonté de puissance. Robot, robot, dis-moi qui est le plus beau.

Ou plutôt faudrait-il parler des deux expositions que Lugano consacre à ces machines humanoïdes selon des approches scientifiques, techniques et artistiques. La première, à la Villa Ciani, détaille la dynamique de l’imitation du corps par les automates et sa substitution rêvée par les robots. L’histoire part de Talos, l’automate de la mythologie grecque qui défendait la Crète, pour aboutir aux essaims de petits robots intelligent de l’EPFL. Voire aux robots-jouets toujours plus perfectionnés qui se vendent à la pelle, chaque année à pareille époque. Ou encore aux prothèses et implants innombrables qui nous transforment peu à peu en cyborgs.

Des Grecs aux mécaniques savantes des Arabes, puis aux machines ingénieuses de la Renaissance, il n’y a que quelques maillons solidaires les uns des autres. L’exposition déploie de remarquables maquettes réalisées à partir des dessins de Léonard de Vinci: une aile de bois, une machine volante, un scaphandre, un lion, un tambour mécanique… Puis arrivent les automatiers. Notamment ce Vaucanson avec son canard mécanique, un volatile extraordinaire qui mange, digère et défèque. Voltaire lui-même s’émerveille: «Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée, semble, de la nature imitant les ressorts, prendre le feu des cieux pour animer les corps.»

Ces automates se mettent à écrire, à dessiner, à jongler, à jouer de la musique, mais pas encore aux échecs: le fameux «Turc» du baron Wolgang von Kempelen était un faux, cachant un vrai joueur dans sa carcasse. Scandale! Mais le succès de ces mécanismes habiles est immense aux XVIIIe et XIXe siècles. L’exposition de Lugano y voit même les prémices de notre industrie du divertissement.

La présentation montre combien l’art de l’automate est redevable de l’avancée des sciences et de la physiologie, mais aussi des innovations des manufactures horlogères jurassiennes. La Suisse a toujours compté d’habiles automatiers, à commencer par les Jacquet-Droz père et fils. Cette grande tradition perdure jusqu’au aujourd’hui avec les Walter Dahler, Christian Bailly ou Martin Müller. L’exposition est ponctuée par les merveilleux automates de François Junod: sa troupe tintinnabulante, si poétique, donne un cachet unique à cette première partie d’exposition.

La seconde partie se joue de l’autre côté de Lugano, dans le Museo d’Arte. L’approche est ici artistique, centrée sur le rapport conflictuel de l’homme à la machine. Le parcours commence par le mouvement futuriste, né il y a exactement 100 ans. Fou de beauté mécanique, l’artiste Filippo Tommaso Marinetti rêve d’un homme fort, multiplié, rapide, sans émotion ni faiblesse. Les mouvements Dada, puis surréalistes décontractent ensuite cette volonté fascisante, tout en restant méfiants sur la conjonction de l’homme et de la technologie, souvent dramatique. Jean Tinguely, Bruno Munari, Nam June Paik, Rebecca Horn ou Antony Gormley poursuivent le passionnant, mais aussi inquiétant dialogue des corps et des machines, du naturel et de l’artificiel. Du je et de l’autre.

Corps, automates, robots. Entre art. science et technologie,
Villa Ceni et Museo d’Arte, Lugano, jusqu’au 21 février 2010.
Infos: www.mda.lugano.ch

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