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Questions à lundi 05 mars 2012

Moz Afzal: «Nous visons les pays dont le passif – public comme privé – reste limité»

Entretien avec Moz Afzal, fonds New Capital Wealthy Nations Bond, EFG International

* Gérant du fonds New Capital Wealthy Nations Bond Fund pour EFG International

La crise de la dette européenne a jeté le doute sur des pays dont les emprunts étaient jusque-là considérés comme en béton armé: ceux de la zone euro. En dépit de l’amélioration récente de la situation – grâce à l’intervention de la Banque centrale européenne – ce basculement aura des répercussions profondes. Malgré leur endettement, les Etats-Unis sont perçus autrement, sentiment renforcé par les meilleurs indicateurs économiques tombés récemment. Dans un ce contexte, le fonds obligataire axé sur les «Wealthy nations Bonds» se focalise sur les emprunts de gouvernements ou d’entreprises appartenant à des pays affichant une «richesse» bien particulière: localisées dans le monde développé ou émergent, le choix de ces nations dépend avant tout de leur degré d’endettement.

Le Temps: Pourquoi n’investir que dans les nations que vous considérez comme les plus «riches»?

Moz Afzal: Il s’agit d’une thématique d’actualité, car nous investissons dans des obligations dites «investment grade» [ndlr: les plus sûres, ouvertes aux institutions les plus prudentes], sans aucune limite d’échéance, émises dans des pays considérés comme «riches» par notre modèle d’analyse des actifs nets.

Il s’agit de regarder le montant des dettes gouvernementales et privées et d’établir un classement des plus riches aux plus pauvres en calculant le montant net des avoirs. Nous ne considérons pas des titres d’une autre catégorie, même si le pays est bien classé dans notre analyse. C’est le cas du Venezuela, une nation riche, mais qui n’a pas d’obligations dites «investment grade». Nous ne pouvons donc pas le choisir.

– Quels sont les pays plus performants selon vos critères?

– Par exemple, Hongkong, avec un «actif» national de 276% de la valeur du produit intérieur brut (PIB), appartient à la catégorie des nations les plus aisées. Le Qatar (263%) et Singapour (251%) sont aussi en tête de liste. La Suisse est en bonne position avec un résultat de 179%. Parmi les moins favorisées, on retrouve l’Islande et la Grèce. Les pays avec des avoirs négatifs de plus de 50% sont exclus d’entrée. Cette manière d’investir permet un accès à des rendements plus élevés, tout en restant positionnés dans des titres dont le risque est moindre. Dans notre démarche, nous nous penchons sur l’aspect économique d’un point de vue mondial. Le concept de «nation riche» provient des années 2006-2007. A cette époque, nous avons observé sur le marché que les agences de notation se concentraient sur l’aspect crédit et non sur l’aspect macroéconomique.

– Quelles sont les nations favorisées par votre sélection?

– Actuellement, elles se situent au Moyen-Orient. Il s’agit par exemple d’Abu Dhabi (14% du portefeuille), du Qatar (15%), du Koweït (7%). Ces pays ont accumulé les revenus du pétrole depuis des années. Grâce à leurs réserves financières, ils peuvent rembourser intégralement leurs dettes en tout temps.

En Europe, certains pays ont de bons résultats comme les Pays-Bas, l’Allemagn ou encore la Finlande. L’Europe de l’Ouest constitue encore près de 18% de notre portefeuille. Avec notre méthode, nous évitons ainsi d’investir comme des gestionnaires de portefeuilles traditionnels. Nous déjouons aussi l’effet de notation des agences financières. Les problèmes de l’Europe vont persister et ne sont pas encore près d’être réglés.

– Ce qui explique pourquoi vous vous tenez à l’écart des pays d’Europe de l’Est…

– La Lituanie, la Pologne ou encore la Roumanie ont des dettes qui dépassent 100% du PIB. Même si l’on trouve des titres dits «investment grade» dans ces pays, selon notre modèle, le niveau d’endettement reste trop élevé. Si rien n’est entrepris d’ici douze à vingt-quatre mois pour réduire cet endettement, la situation économique dans ces pays risque de se dégrader très rapidement. La suite des événements dépend fortement des perspectives de croissance et de la sécurité du système financier européen. Ces pays ont tous des déficits de leur balance des paiements et doivent emprunter à l’extérieur pour la plupart. Ils dépendent donc des investissements étrangers et des emprunts pour établir leur croissance.

– Les mesures prises dans la zone euro pour régler la crise de la dette auront-elles un effet collatéral sur ces pays?

– La restructuration du système bancaire qui tend à diminuer ses dettes dans la zone euro risque aussi de restreindre les conditions financières, menaçant ainsi la croissance de ces pays de l’Est. L’impact des restrictions financières sur la Lituanie et la Roumanie a été très marqué pendant la crise engendrée par Lehman Brothers. En Roumanie, la croissance s’est arrêtée et le pays a dû trouver du soutien auprès du Fonds monétaire international. En revanche, ces pays de l’Est possèdent un certain avantage par rapport à la Grèce et certaines autres nations européennes. Leur niveau d’endettement public par rapport à leur produit national brut reste faible.

– C’est ce qui vous fait porter un regard différend sur l’Estonie et la Bulgarie?

– De telles nations ne sont pas soumises à de fortes pressions dans l’immédiat. La détérioration de la croissance européenne et des conditions financières a certes un impact négatif. L’Estonie, comme la plupart des pays Baltes, avait connu une forte croissance grâce aux investissements étrangers et à la consommation domestique soutenue par la croissance du marché immobilier. En dépit du fait que le gouvernement estonien – faiblement endetté – n’est pas près de faire défaut, le danger provient du secteur privé. Car l’économie repose plutôt sur un système de financement externe.

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