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la revue des idées économiques vendredi 12 février 2010

L’Espagne souffre d’une immigration mal maîtrisée

L’Espagne traverse une crise durable, car l’afflux d’immigrés qui a nourri le boom de la construction a expliqué plus de la moitié de la hausse des prix, selon une étude récente. La reconversion prendra du temps

Toute la planète football connaît le club espagnol de Villa Real et ses stars, tels que Pires. Pourtant ce n’est qu’une petite ville. Si elle peut s’offrir un club de niveau européen, cela tient simplement à un sponsor, une entreprise de tuileries qui a largement profité du boom de la construction. Car le sort de l’Espagne est de plus en plus lié à ce secteur, selon une étude de l’IZA (1).

Entre 1998 et 2008, chaque province espagnole a accueilli un vaste afflux d’immigrés, issus d’Amérique latine, du Maroc et de Roumanie. La part des salariés étrangers dans la population active est passée de 2% en 1998 à 16% en 2008. Les auteurs ont développé une méthodologie qui permet d’isoler le facteur de l’immigration des autres (taux d’intérêt, déréglementation des hypothèques, hausse des revenus) pour en évaluer l’impact sur la croissance.

Les résultats sont spectaculaires. L’immigration explique 52% de la hausse des prix immobiliers en Espagne et 37% de la construction de nouvelles maisons (2 millions d’unités). En dix ans, les prix ont augmenté de 175%, soit bien plus vite qu’aux Etats-Unis (104%).

L’immigration a influencé aussi bien l’offre que la demande immobilière. En effet, les immigrés ont pour une grande part trouvé un emploi dans la construction. En leur absence, l’offre aurait été plus «inélastique» et aurait limité la croissance du PIB. L’afflux d’immigrés a aussi augmenté la demande de nouveaux appartements, soit à des fins de location soit de propriété. Selon l’IZA, une augmentation de 1% de la population accroît les prix des maisons de 3,2% en moyenne. Et un afflux de 100 immigrants conduit à la construction de 46 nouvelles maisons.

Les estimations des chercheurs de l’IZA sont à considérer comme un minimum, selon les auteurs. Car l’afflux d’immigrés peut amener des locaux à émigrer dans d’autres régions et ainsi réduire la pression à la hausse des prix. Au plan national, cela peut aussi engendrer des Espagnols à émigrer dans d’autres pays.

Aujourd’hui le pays souffre davantage que d’autres de l’éclatement de la bulle immobilière. Mais depuis 2002, l’Espagne a été responsable de la moitié des emplois créés dans l’eurozone, selon le magazine Business Week.

Ce travail conduit à douter d’une reprise rapide de la croissance en Espagne. La reconversion des millions d’immigrés attirés par le boom de la construction demandera beaucoup de temps.

(1) Immigration and Housing Booms: Evidence from Spain, Libertad Gonzalez, Francesco Ortega, Institute for the Study of Labor, IZA DP 4333

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