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énergie post-nucléaire mardi 03 juillet 2012

Les services industriels se cabrent face aux villes

Les distributeurs contestent les ponctions financières . Les SI veulent garder l’argent pour investir dans le courant vert

Le 15 décembre dernier, le Grand Conseil a décidé d’augmenter la redevance annuelle versée par les Services industriels genevois (SIG) au canton pour l’utilisation du réseau électrique. Cela représente une ponction de 120 millions de francs répartis sur trois ans. L’Association des communes genevoises a recouru contre cette décision auprès du Tribunal fédéral. Défendant la démarche au nom de la Ville de Genève, la conseillère administrative Sandrine Salerno a accusé l’Etat de faire «du captage de bénéfice» dans la Tribune de Genève .

On touche là à un problème important: les SIG, comme les autres sociétés de distribution de l’électricité, ont plus que jamais besoin d’argent pour investir dans les énergies renouvelables. Le moment est donc peu opportun pour que les collectivités publiques puisent dans les réserves des compagnies électriques pour boucher leurs propres trous. Or, de nombreuses communes, notamment en Suisse romande, prélèvent déjà des taxes sur l’électricité dont les recettes irriguent leur budget.

Cette question préoccupe les membres de Swisspower, l’association faîtière des services industriels (SI) des villes suisses, qui a présenté lundi son plan d’action («Masterplan») pour la sortie du nucléaire. «Il est important de permettre aux services industriels d’investir dans les énergies renouvelables», insiste Hans-Kaspar Scherrer, président de Swisspower et directeur des SI d’Aarau. «Nous devons convaincre nos propriétaires, c’est-à-dire les villes, que notre cash-flow doit servir à financer notre offre», ajoute Daniel Schafer, directeur d’Energie Wasser Bern. La Ville fédérale avait elle aussi envisagé d’augmenter sa part de bénéfices, avant d’y renoncer partiellement afin de ne pas pénaliser ses SI. «Il y a un conflit d’intérêts entre la politique énergétique voulue par les villes et les bénéfices qu’elles veulent retirer de leurs services industriels», admet de son côté Martin Tschirren, directeur adjoint de l’Union des villes suisses.

Ce conflit d’intérêts paraît d’autant plus problématique que le plan d’action des membres de Swisspower se veut ambitieux. Il envisage de porter la part de renouvelables à 50% d’ici à 2034 et à 80% d’ici à 2050, hydraulique inclus. Une multitude de projets ont été lancés.

Le SI de Genève a ainsi mis sur pied le programme Eco21, qui a pour but de sensibiliser les usagers aux économies d’énergie. Selon son directeur, André Hurter, ce programme a permis d’économiser 63 GWh/an, soit l’équivalent de la production de la centrale du Seujet ou de la consommation de 20 000 ménages. Le directeur des SIG, qui ne serait pas mécontent que le canton puise moins fortement dans ses bénéfices, cite aussi le contrat signé avec l’hôtel Starling, qui porte sur 12 mesures d’efficacité énergétique entièrement financées par les SIG.

La Ville de Thoune a diminué de moitié le prix qu’elle demande pour être approvisionnée en énergie solaire. Energie Wasser Bern est en train de construire aux abords de la ville la centrale de Forsthaus, qui sera alimentée par «une combinaison unique de valorisation des déchets, de bois et de centrale combinée à gaz et à vapeur». Le développement de réseaux et de compteurs intelligents est aussi au programme, ce qui devrait ravir les ménages qui peinent à contrôler leur consommation faute d’instrument adéquat.

Des exemples de ce genre, «il y en a des milliers», résume Hans-Kaspar Scherrer. Et les distributeurs d’électricité s’estiment bien placés pour proposer des solutions dépourvues d’énergie nucléaire. Mais pour que leur plan d’action tienne la route, ils ont besoin d’avoir des soutiens politiques clairs. Ils comptent s’ériger en un partenaire incontournable du virage énergétique. Et étendre leur toile: Genève, Martigny et Bienne sont les seules villes romandes membres de Swisspower. Lausanne, Neuchâtel n’en font pas partie, pas davantage que Zurich. «Nous souhaitons les intégrer. Pour cela, il nous appartient de prouver que nous ne sommes pas un tigre de papier», commente ­Alfred Bürkler, directeur général de l’association.

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