BEAUX-ARTS

Une spécialiste en art suisse, venue de Russie

Rencontre avec Lada Umstätter, conservatrice du Musée de La Chaux-de-Fonds à l'occasion de sa première exposition.

«Le sujet de ses paysages industriels peut toucher à La Chaux-de-Fonds. Mais surtout, ce qui m'intéresse avec Yvan Salomone, c'est que cet artiste, né à Saint-Malo, a choisi délibérément de rester en Bretagne et d'y travailler. Pour moi, il fait la démonstration qu'on peut très bien rester dans son coin, en dehors des grands centres, et y effectuer un travail fort et qui tient la route. C'est ce que j'aimerais dire en arrivant ici.»

A travers ces remarques, concernant sa première exposition en tant que nouvelle conservatrice du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, Lada Umstätter laisse percer deux de ses soucis majeurs: celui de la recevabilité de l'art, de sa lisibilité par le plus grand nombre, et l'exemplarité de certaines attitudes. «J'aimerais corriger l'image trop élitiste qu'on se fait d'un musée, de le croire destiné aux seuls initiés. Le musée doit être accessible à beaucoup de gens. C'est ça l'idée: vulgariser, le rendre populaire, mais dans le bon sens du terme.»

Née à Moscou en 1971, 37 ans donc, Lada Umstätter-Mamedova a été choisie sur la base d'une quarantaine de candidatures. Elle a suivi les cours de l'Université Lomonosov puis a obtenu un doctorat de l'Institut d'Etat de recherche en histoire de l'art à Moscou, avec une thèse sur L'Eglise Notre-Dame de Toute Grâce d'Assy, «haut lieu de l'art sacré moderne par les contributions d'artistes comme Matisse, Bonnard, Léger, Chagall, Rouault», souligne-t-elle. Elle termine actuellement une seconde thèse consacrée à l'artiste genevois Alexandre Cingria (1879-1945) à l'unité d'histoire de l'art de l'Université de Genève. Où, de 1999 à 2006, elle a enseigné l'art français et l'art suisse dans la section art contemporain. «Je me suis spécialisée surtout en art suisse, alors que paradoxalement trop peu de chercheurs suisses s'en préoccupent.»

«Et le fait de me retrouver à la tête d'une institution dotée d'une collection couvrant la fin du XIXe siècle et le XXe siècle, qui répond complètement à mes intérêts professionnels, est un vrai bonheur.» D'autant que sa petite équipe joue la polyvalence avec générosité. «Je les en remercie presque chaque jour.» La personne chargée des tâches administratives s'occupe ainsi des ateliers pédagogiques, telle autre à l'accueil assume les relations publiques, ou tel surveillant donne en plus un coup de main comme technicien de conservation. «Ils n'ont pas été engagés pour cela et donc ils ne sont pas payés pour ce travail. Mais ils le font parce qu'ils sont très très motivés et qu'ils adorent leur musée.»

Mariée à un Genevois qui n'a pas élevé d'objections au déménagement, vu qu'il travaille en indépendant via son ordinateur, Lada Umstätter se sent de plus en plus Chaux-de-Fonnière. «Je commence à dénigrer le Bas du canton.» Et d'ajouter plus malicieusement encore: «Lorsque des amis genevois ont appris que j'avais postulé pour La Chaux-de-Fonds, ils m'ont demandé ce que j'allais faire dans cette petite ville. Je leur ai juste fait remarquer que j'étais déjà bien venue de Moscou à Genève…»

La conservatrice a de l'à-propos et de l'aplomb, manie parfaitement le français avec de légers accents slave et… genevois. Lorsqu'on la chicane sur la question, récurrente, de la présence de trois musées des beaux-arts (Locle, Neuchâtel et Chaux-de-Fonds) dans le canton, elle fait remarquer que «trois propositions dans le canton, c'est extraordinaire, une richesse. Leurs options, du reste, sont différentes et c'est tant mieux. On oublie trop souvent, selon moi, que chaque institution a son histoire.» Et Lada Umstätter d'embrayer sur un discours qui lui tient à cœur à propos de la fonction de conservateur. Un titre qu'elle revendique pleinement, alors même que le poste chaux-de-fonnier ne correspond qu'à un 80%.

«Un conservateur de musée? C'est quelqu'un qui travaille avec le passé pour le futur. C'est mettre ses pas dans ceux de ses prédécesseurs mais trouver son propre itinéraire.» A l'écouter, on comprend que le patrimoine est une réalité, primordiale, qui s'entretient, se transmet, s'enrichit aussi à chaque moment présent, même si cela passe par des moyens différents et à destination des publics les plus divers. Et la conservatrice de citer une initiative en exemple. «Lors de la Nuit des musées, nous accueillerons un concert de musique électronique (17 mai à 23 h), avec mixage d'images, tirées de notre collection pour montrer qu'elle est toujours vivante même si ce sont des tableaux de Léopold Robert, de Charles L'Eplattenier ou de Ferdinand Hodler.»

La dynamique de l'affaire est bien de mettre le musée à la portée de tous. Aussi bien à travers des initiatives destinées aux jeunes; et une exposition comme T'as vu chat? (en été) devrait plaire aux enfants. Qu'avec des conférences – un jeudi par mois – sur La vie des musées pour expliquer leur fonctionnement ici et ailleurs.

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