pIONNIERS DE LA RENTRéE (2)

Un métier d’avenir né au musée

Cette semaine, «Le Temps» dresse le portrait d’étudiants qui entament un cursus inédit ou à la mode. Aujourd’hui: Camille de Alencastro, future muséologue

Camille de Alencastro, aussi jolie que son nom, oui, n’a que 22 ans. Son âge lui permet d’envisager l’art assez spontanément, comme un plaisir plus qu’une torture. D’ailleurs, explique cette Lausannoise, son entourage n’est pas du tout «du milieu» – son frère fait médecine et son petit ami est dans le sport. «Sans être spécialistes, mes parents nous ont beaucoup traînés dans les musées, sourit-elle d’une fossette. Je me souviens que je m’y ennuyais beaucoup! Au Metropolitan, je courais dans les couloirs au lieu d’admirer les tableaux… Je ne sais pas pourquoi, tout à coup, j’ai autant changé.»

La métamorphose de fillette espiègle en papillon gracieux s’est produite lentement. D’abord, Camille a pris des cours d’expression artistique sur les conseils de sa maman, éprise d’aquarelle. Puis a réussi une maturité en arts visuels et histoire de l’art. Adolescente, elle peint quelques toiles et crayonne avec plaisir – un hobby qu’elle a depuis laissé tomber par «manque de temps». En 2006, elle commence alors une première année d’architecture à l’EPFL. «Je me suis rendu compte que je préférais apprendre l’histoire du patrimoine que mesurer les dimensions d’une poutre, remarque-t-elle. Du coup, je suis partie en histoire de l’art à Neuchâtel.» C’est là-bas qu’elle entend parler du tout récent master en muséologie. Elle s’y inscrit pour la rentrée 2010.

Unique en Suisse, ce diplôme n’existe que depuis 2008, en partenariat avec les universités de Neuchâtel, Genève, Lausanne et Fribourg. Il y a des cours théoriques («Institution muséale et sa gestion», «Histoire des collections et des musées»), des stages. Et, surtout, une collaboration avec la fameuse Ecole du Louvre à Paris. «C’est attractif, on doit aller y suivre un séminaire d’une semaine fin 2011, et d’autres échanges sont possibles.»

«La muséologie est une discipline qui vise à établir un contact significatif entre l’objet et les publics. Elle touche également à la compréhension de la conservation des objets dans la durée.» La définition est inscrite sur le site de l’Université de Neuchâtel. Ce qui attire Camille dans cette discipline, c’est évidemment l’objet d’art, le fait d’«avoir un contact privilégié avec des œuvres». Logique.

Question goûts, la jeune fille n’est pas adepte des créations exubérantes et contemporaines de Louise Bourgeois ou de Matthew Barney. Douce et discrète, l’air presque angélique, cette Lausannoise apprécie plus les figures pastel d’un Paul Klee ou les digressions mystérieuses de Sophie Calle. «Elle suit les gens dans la rue ou se fait passer pour une femme de ménage pour entrer dans leur chambre d’hôtel et photographier leurs objets, raconte-t-elle. J’aime sa démarche car elle parvient à nous raconter vraiment une histoire.» Son intérêt pour les lithographies de Daumier relève du même esprit d’illustration plutôt que de création abstraite.

D’ici au début des cours, prévu pour le 21 septembre prochain, Camille n’aura pas le temps de rêver à son séjour à l’Ecole du Louvre. Pour financer le petit studio qu’elle occupe à Lausanne, elle travaille au bureau de gestion mobilière de l’EPFL. Pendant l’année, elle combinait cette activité avec ses cours, ainsi qu’avec un mandat d’assistante-étudiante à l’Université de Neuchâtel. Studieuse, Camille ne nage donc pas dans les eaux troubles du laisser-aller ou de la rêverie vague. Amatrice d’art, elle n’en est pas moins terre à terre. «Cette rentrée, c’est la continuité de ce que j’ai commencé. Pas une rupture. Petit à petit, je me rapproche de l’objectif.»

«Les jeunes ne fabriquent pas leur plan de carrière dès le début, note Sylvain Jacot-Descombes, psychologue conseiller en orientation à l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle du canton de Vaud. Le développement d’un projet se fait au fil des années, des rencontres.»

Une fois le master en poche, que fera Camille? «Je sais qu’il n’y a pas beaucoup de débouchés dans les musées mais, pour le moment, je n’y pense pas. J’aimerais voyager, partir travailler à l’étranger, pourquoi pas à Copenhague, j’ai vraiment flashé sur cette ville!» Et dans dix ans, où sera-t-elle? «En vadrouille à l’étranger, employée dans un travail qui me plaît. Enfin, c’est ce que j’espère…»

Demain: Cédric, futur entrepreneur en éducation canine.

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