sexisme

Injuriée, insultée, harcelée: elle filme son calvaire au quotidien

Sofie Peeters, une jeune étudiante belge, a frappé fort avec son film tourné en caméra cachée, «Femme de la rue». Elle y met en lumière le brutal harcèlement verbal dont sont victimes les femmes dans un quartier de Bruxelles. La réaction ne s’est pas fait attendre

Dans «Femme de la rue», le film qu’elle a réalisé pour son travail de fin d’études, Sofie Peeters nous embarque dans les rues de son quartier populaire de Bruxelles où elle nous fait découvrir le harcèlement permanent dont elle est l’objet de la part des hommes qui croisent son chemin. «Un verre ensemble, ou quoi? Chez moi à la maison, bien sûr, pas dans un café»; «L’hôtel, le lit, tu connais, direct?»; «Si tu donnes envie, c’est normal, non?»; «Chienne», «Salope»… Un florilège d’insultes toutes plus violentes les unes que les autres. Une situation dans laquelle beaucoup de femmes se reconnaissent, et pas qu’en Belgique.

Suite à la diffusion d’un reportage consacré à son témoignage au journal télévisé de la chaîne belge RTBF à la fin juillet, la Twittosphère s’est enflammée. Le hashtag «#harcelementderue» a été créé tout spécialement pour donner une tribune aux femmes qui subissent ce genre d’agression au quotidien et les encourager à témoigner en masse.

Ce qu’elles n’ont pas tardé à faire, comme on peut le lire sur Twitter: «Oui, j’ai déjà eu droit quelques fois à une invitation à exécuter une pipe en pleine rue parce que je porte du rouge à lèvres», «Non, les certificats de baisabilité ne sont pas des compliments», «Ce matin, un relou qui essaie de me draguer: «Si tu es désagréable ce matin, c’est que tu as baisé toute la nuit… Salope»», ou encore: «T’es mignonne! Tu baises? – Merci mais non. – Grosse pute, va.» LeMonde.fr a été l’un des premiers à se faire l’écho de ces tweets-confessions qui font froid dans le dos.

«Je suis vraiment contente de voir la prise de conscience presque générale autour du harcèlement de rue», confie «Mademoiselle Lise» sur Twitter. Grâce au film de Sofie Peeters, on parle enfin ouvertement de ce phénomène qui n’est pas isolé du tout, contrairement à ce qu’en pensent certain(e)s, comme ce chroniqueur associé au Nouvel Observateur, Mathieu Géniole, qui réagissait ainsi dans un premier temps: «A noter sur la fille belge insultée dans la rue que je n’ai vu aucune fille se plaindre d’avoir eu à subir le même traitement en France, ce qui me laisse à croire que ça demeure un cas extrême relativement isolé.» La déferlante de réactions dirigées contre lui dans les heures qui ont suivi son tweet lui a «ouvert les yeux», écrit-il. Depuis, il a quelque peu changé d’avis. Dans le même ordre d’idées Guillaume Natas note sur son blog: «Ces petites phrases ne sont pas anodines même si elles sont tristement habituelles.» Mais aujourd’hui, la banalité de ce phénomène est en train de voler en éclats. Et le site Madmoizelle.com s’en réjouit.

Il y a 5 mois, un groupe de féministes londoniennes avait déjà lancé le mouvement avec le hashtag «#ididnotreport», qui invitait les victimes à témoigner des raisons pour lesquelles elles ne portaient pas plainte suite à une agression. Encore une fois, les témoignages sont effarants: «parce que la scène s’est passée sous les yeux d’un officier de police qui n’a pas levé le petit doigt», «parce que j’avais peur d’être interrogée et qu’on ne me croie pas», «parce que la seule fois où je me suis plainte, ça n’a rien changé».

Retour à Sofie Peeters. Un certain nombre d’internautes l’ont accusée de racisme. C’est que son film, tourné dans un quartier défavorisé de Bruxelles – où elle vivait jusqu’à peu –, accumule les exemples qui dénoncent en majorité des hommes maghrébins. Sofie s’est alors défendue en ces termes: «C’était l’une de mes grandes craintes, comment traiter de cette thématique sans tourner un film raciste? Car c’est une réalité: quand on se promène à Bruxelles, 9 fois sur 10, ces insultes sont proférées par un allochtone. Mais ces personnes ne sont pas représentatives de toute la communauté maghrébine.» Cette problématique se retrouve sur les réseaux sociaux, où certains internautes en profitent pour se déchaîner à coups de remarques purement racistes.

Racisme ou pas, comment échapper à un tel dilemme quand la réalité est si politiquement incorrecte?

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