Nouvelles

Les proses de Marina Salzmann sont frôlées par l’aile de la folie

Des nouvelles qui ressemblent parfois à un dessin de Topor, une inventivité qui installe l’étrangeté dans le quotidien

Genre: Nouvelles
Qui ? Marina Salzmann
Titre: Entre deux
Chez qui ? Bernard Campiche, 198 p.

Avec Heike Fiedler et Alexa Montani, Marina Salzmann forme le groupe «Pas lundi». On retrouve dans quelques nouvelles d’Entre deux des traces de leurs performances. Elle est également membre fondateur de la revue en ligne Coaltar où l’on peut lire ses petites proses élégantes, d’une familiarité troublante, frôlées par l’aile de la folie, une folie très contrôlée.

Parmi celles qui forment Entre deux, certaines ressemblent à un dessin de Topor. Une femme va dans la vie avec un homme sur son dos. Elle tente de s’en débarrasser par tous les moyens mais il reste là, inamovible. Elle tente même d’en finir avec leurs vies en sautant, sans succès. Les sauts de la paire monstrueuse lui valent une notoriété mondiale, ils se jettent dans le vide pour des causes – peine de mort, libération des otages – ou d’autres, plus anciennes.

Corps disloqués

Des étudiants jouent La Demande d’augmentation de Georges Perec. Mais le texte s’enraie et tourne en boucle pendant que les acteurs vieillissent et parfois meurent en scène. Un fils devient invisible aux yeux de son père. Des mères trop sûres d’elles font face à des filles mutiques, anorexiques, il n’y a que la mort pour s’en débarrasser.

Les corps se disloquent, les os flottent sous la peau, lors d’un stage de danse, les danseuses se heurtent, jusqu’à la disparition de l’une d’elles. Des figures fantomatiques traversent le champ, la petite Mo, la petite Robi; d’où viennent-elles, qui sont-elles?

Il y a des ciels bleus aussi doux que ceux du Titien, des abeilles amicales, de longs sommeils qui ne rattraperont jamais la dette de fatigue, des rêves. Des projets s’élaborent, des requêtes se formulent, des livres s’écrivent, comme dans l’industrie culturelle, mais rien ne semble aboutir jamais. Rien n’est stable, ni les maisons ni les corps n’offrent de certitude.

Etrangeté quotidienne

Dans l’univers de Marina Salzmann, des monstres se promènent comme chez eux, l’étrangeté est quotidienne et ne surprend que le lecteur, happé, séduit par cette légèreté inquiétante.

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