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Le World Press Photo fait débat

Paul Hansen a remporté le World Press Photo 2013 avec un cliché cinématographique. Polémique sur les retouches

Vendredi ont été attribués les World Press Photo récompensant les meilleures images publiées en 2012. Le Suédois Paul Hansen a obtenu la distinction la plus prestigieuse, le premier prix de la catégorie Actualités. Son cliché est «puissant», selon les mots du président du jury, Santiago Lyon; une foule d’hommes en colère et désespérés transporte dans une ruelle gazaouie les corps de deux petits garçons tués dans leur maison par un missile israélien. Le cadrage est parfait, les mines sombres et les linceuls bien blancs, la lumière cinématographique. Trop, se sont empressés de crier les détracteurs.

Luc Desbenoit a évoqué dans Télérama une «souffrance saturée» et un auteur ayant «eu la main lourde dans ses retouches sur Photoshop»: «Ses intentions sont claires. En saturant ses couleurs, il cherche à sortir son cliché de l’instantané, à le rendre comparable à une peinture. C’est plus noble.» Et le journaliste de dénoncer une image qui émeut au lieu de faire réfléchir. Sur la Toile, les avis se sont multipliés durant le week-end. Paul Hansen, inatteignable hier, expliquait vendredi à l’agence AP le choix de se positionner là, pour capter cette «lumière se reflétant sur les murs de l’allée».

«Embellissement»

A l’ère numérique, chaque récompense ou presque suscite son lot de polémiques sur les moyens utilisés. Véronique de Viguerie, photoreporter à l’agence Getty, était membre du jury: «Nous avons reçu énormément de photographies nous semblant trop retouchées. Nous avons donc demandé les fichiers Raw (contenant les données originelles de l’image, ndlr) et nombre de clichés ont alors été écartés. Il nous est apparu, après de longues discussions, que Paul Hansen avait travaillé dans les limites de l’acceptable, c’est-à-dire qu’il est resté dans l’embellissement, sans volonté de cacher quoi que ce soit. Ce que l’on peut faire en chambre noire, comme assombrir les angles et éclaircir le centre, peut être fait avec Photoshop. Dissimuler un détail disgracieux ou faire ressortir le sang d’une victime, par contre, c’est aller trop loin. Nous sommes là pour relayer l’info, pas pour la dramatiser.» Même analyse chez Jérôme Bonnet, membre du jury pour la catégorie Portraits. «Je ne vois pas où est le problème lorsque la seule volonté est d’esthétiser. Au moins, cela se voit. C’est la même chose que le journaliste qui commence son texte par: «Les corbeaux volaient au-dessus du champ de bataille.» Du lyrisme.

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