Polar

Fiction trop légère, pour réalité très noire

Kidnappings, trafic d’organes, pédophilie, viol de cadavres… Dans Notre Voisin le diable, le journaliste et romancier Jean-Claude Derey n’épargne pas grand-chose au lecteur. Hélas, la trame du roman lui a été inspirée par un sinistre fait divers survenu en Inde

é Fiction légère, réalité noire

La corruption en Inde inspire un polar violent

Qui ? Jean-Claude Derey
Titre: Notre Voisin le diable
Chez qui ? Rivages/Noir, 237 p.

C’est l’une des plus grandes villas de la région. Il s’y passe les pires atrocités. Et même s’il n’en sait encore rien, en attendant sa mère devant les grandes grilles en fer, le jeune Apu s’inquiète. Pourquoi cet entretien d’embauche pour un poste de femme de ménage dure-t-il si longtemps? Est-il possible que cette volatilisation apparente ait un lien avec les quelque quarante disparitions survenues ces dernières semaines à Nithari, un bidonville à vingt kilomètres au sud-est de New Delhi?

Avec sa petite amie Indira, Apu se lance dans l’enquête. Avertir la police? Autant ne pas y penser. Les parents éplorés qui viennent porter plainte se font passer à tabac par les officiers corrompus. Quand ils ne finissent pas simplement dans la rivière, poings liés. Alors, qui d’autre? «Les dieux, les esprits, les devins, les astrologues» et même l’enseignante locale qui a le bras vraiment long; toutes les pistes sont parcourues, sans succès.

Est-il possible, seulement, de s’attaquer au propriétaire de cette villa? Le suspect Numéro 1 est, accessoirement, un puissant homme d’affaires qui débute une carrière politique nationale.

Kidnappings, trafic d’organes, pédophilie, viol de cadavres… Dans Notre Voisin le diable, le journaliste et romancier Jean-Claude Derey n’épargne pas grand-chose au lecteur. Le pire, c’est qu’il n’invente rien ou presque: l’histoire est vraie. Les deux coupables – un homme d’affaires et son domestique – ont été arrêtés le 29 décembre 2006. Plusieurs personnages du livre (Gopal, Vikran, Aryana l’enseignante…) se retrouvent d’ailleurs dans un long reportage publié le 20 février 2007 dans le magazine L’Express.

La couche de fiction ajoutée par l’auteur pour noircir cette toile déjà très sombre est trop convenue. Trois exemples: Apu retrouve un père en la personne du commissaire Azzam, qui retrouve comme par hasard en Apu, un fils disparu. La belle-famille de la mère d’Apu est d’une méchanceté digne des plus mauvais contes pour enfants. Enfin, dans les dernières pages, la justice triomphe finalement grâce à la ténacité d’Apu – qui se bat seul contre tous! –, voilà qui résonne comme un scénario hollywoodien des plus éculés.

On comprend que l’auteur, grand voyageur dans les pays du sud, veuille raconter «son» Inde à travers ce fait divers. C’est partiellement réussi: les descriptions du bidonville ou de certains mécanismes de corruption sont payants. De même que les changements de gravité du récit (par l’alternance des narrateurs). En profitant de l’hyperviolence d’une trame préexistante sans s’imposer un véritable travail d’enquête journalistique, Jean-Claude Derey semble avoir opté pour la facilité.

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