Récit

Julien Maret creuse sa mémoire

Ce jeune écrivain romand avait déjà attiré l’attention avec son premier récit «Rengaine», publié par le parisien José Corti. Voici «Ameublement» qui marche sur les traces de Georges Perec et de son «Je me souviens»

Julien Maret travaille la langue de la mémoire

Genre: Récit
Qui ? Julien Maret
Titre: Ameublement
Chez qui ? Corti, 112 p.

L’écriture de Julien Maret est un dévidement de mots: ses phrases tissent des images au bout desquelles prennent forme les impressions. Son approche expérimentale du roman avait déjà retenu l’attention il y a trois ans avec Rengaine, un premier récit contant la chute littérale et symbolique d’un homme dans un néant métaphysique. Plus légère, plus systématique, sa seconde publication Ameublement s’emploie à trouver une langue qui saurait rendre l’instant de la réminiscence, recréer le développement du souvenir. Se dessine entre les lignes d’Ameublement le portrait d’un village valaisan, pourquoi pas Fully, où l’auteur a grandi. Une voix pose le décor: «C’était au bord du canal, avec Ameublement Soret avant les feux…». Avant de revenir sur le passé des garnements du coin. Un souvenir chasse l’autre: le lecteur assiste aux jeux dans le grenier, aux poursuites dans le verger, à la soirée des anciens au Café des Alpes. Ou encore à la fanfare dépenaillée défilant au contour du kiosque de Roselin, «les trémolos coincés dans les chéneaux; les fausses notes balayées en haussant les épaules». L’assemblage de mots permet l’éclosion d’une multitude d’images en enfilade que l’auteur réunit en petits groupes thématiques.

Un élan à la Perec

Dans un élan à la Perec, la mémoire trouve sa forme littéraire. Un sentiment d’immédiateté retient l’attention à la lecture des livres de Julien Maret, si bien que les fragments du souvenir semblent apparaître au fur et à mesure de la lecture. Finalement, les longues phrases rythmées, sectionnées de points-virgules, articulent un processus plutôt qu’un propos – avec le désavantage d’abandonner le village et le passé invoqués à une nostalgie tenant au prétexte plutôt qu’à d’un réel contenu. Cependant l’auteur forge son genre, dégage une voix et pétrit avec humour la matière de la langue.

Julien Maret, qui a étudié la philosophie avant de suivre le cursus de l’Institut littéraire suisse à Bienne, a ainsi un petit côté oulipien et jongleur de mots – des qualités qui font souvent défaut à la littérature romande. Ces prises de risque lui ont certainement valu d’être publié chez le prestigieux éditeur parisien José Corti, aux côtés notamment de Marius Daniel Popescu. On lira donc Ameublement pour sa fraîcheur hypnotique et son envie d’échapper aux conventions romanesques. On s’amusera de sa manière d’apostropher le souvenir à l’infinitif et de faire son propre chemin loin des histoires et des personnages. Surtout, on se laissera séduire par la musicalité d’une langue qui claque, piquante et ironique, jalonnée d’helvétismes comme pour mieux se blottir contre une réalité reconstruite.

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