Musique

Morrissey, punk et dandy

A 55 ans, le chanteur britannique divise toujours, comme à l’époque où il faisait fureur avec le guitariste Johnny Marr sous la bannière des Smiths. Confidences d’un écorché en marge de ses concerts en Suisse. DERNIERE MINUTE: le concert de Lausanne est annulé ce dimanche soir pour cause de maladie

Morrissey, la cinquantaine punk

Le chanteur britannique frappe comme jamais. Il est en concert à Lausanne ce dimanche avant Bâle

Un mauvais garçon. A 55 ans, le Britannique Steven Patrick Morrissey soigne ce genre. Il joue les dandys flingueurs, comme à l’époque où il faisait fureur avec le guitariste ­Johnny Marr. C’était au début des années 1980, les deux hommes électrisaient la planète rock sous la bannière des Smiths. Depuis 1987, le chanteur prêche en solo. Toujours hermétique, parfois fracassant. Ses colères restent rassembleuses. Preuve: Les Docks à Lausanne affichent complet ce dimanche.

Cet homme mord. Mais il est fragile. Il y a quelques semaines, il confie à El Mundo qu’il est traité pour un cancer. Il se serait remis. Dans l’entretien qu’il nous a accordé – par e-mails –, il frappe comme à son habitude. Il ne fait pas dans la dentelle, non, dans la toile de jute plutôt, décousue de préférence. Ses réponses sont la version délayée de ses chansons. Exemple: «Je n’ai jamais voté car mon vote est bien trop précieux…» Ou encore: «Aujourd’hui, le genre humain est tellement varié que l’on ne peut plus se tourner vers le plus ringard, macho, sexiste et le plus va-t-en-guerre des politiques pour nous gouverner.»

Ce punch néoadolescent explique sans doute le succès de Morrissey en 2014. Une nouvelle génération de groupes de pop rock ne jure que par lui. Elle adule son côté misanthrope et mégalo. Elle aime le voir monter sur scène comme sur un ring et cogner, comme au temps des Smiths. Ses têtes de Turc? Sans surprise, David Cameron, David Beckham ou le prince William. Morrissey se veut au service des exclus, des minorités, des sans-voix. Cette posture suscite chez ses détracteurs, au choix, hilarité ou exaspération. Lui s’en moque. Il joue avec les bordures. La mort ne hante-t-elle pas les refrains de ses hits avec légèreté? Ecoutez la rythmique entraînante de «Staircase at the University», sur son dernier album. Il y raconte le suicide d’une étudiante en échec répudiée par un de ses parents.

A l’interview, il commente ainsi la tragédie: «Un tel suicide, c’est horrible et stupide. L’histoire familiale explique souvent en partie un tel acte. On est tous soumis à un certain devoir de réussite. Les parents ne sont pas toujours conscients de la détresse de leur enfant et beaucoup d’entre eux pensent à tort que le pousser va le renforcer. Si ton enfant est un athlète, d’accord, mais pas s’il étudie la physique. Je n’ai pas fait d’études. Donc, on n’attendait rien de moi. Mon avenir était assez tristement entre mes mains et je pense qu’il était généralement entendu que je sauterais d’une falaise; donc passer soudainement à la télévision britannique dans les années 80 pour chanter «This Charming Man» est apparu comme une bien meilleure option.»

La musique l’aurait sauvé. A travers elle, il s’est construit une stature, solitaire, mélancolique, défenseur des faibles, des animaux en particulier. «Nous sommes tous dotés d’une morale… Alors pourquoi si peu de compassion envers eux? Il y a quelques années, j’ai joué au festival anglais de Glastonbury, mais Michael Eavis, son organisateur, a refusé de me laisser montrer une vidéo d’animaux abattus pendant la chanson «Meat is Murder». Selon lui, ça aurait perturbé les enfants présents. Voir comment sont faits les hamburgers que vend son festival, c’est pourtant éducatif, non? Il m’a dit qu’il avait une ferme et que ses vaches étaient très heureuses…»

Morrissey ne remettra pas les pieds à Glastonbury. Deux autres festivals ont depuis décidé de créer pour la toute première fois un événement sans viande ni poisson et lui ont demandé d’y participer. A Lausanne, Les Docks ont prévu à sa demande l’installation de stands pour des associations de défense des animaux et de la cause végétarienne. La Suisse, justement, est le refuge de Morrissey. Il y passerait le plus clair de son temps libre. «J’y viens au moins cinq fois chaque année et j’en suis très heureux… A mon grand regret, on y pratique le commerce de la fourrure de chat (malgré une interdiction qui date de 2008), ce qui donne une bien plus mauvaise image du pays que les milliers de millionnaires accueillis avec bienveillance… Je connais très bien Lausanne. Vous ne m’avez jamais vu escalader la colline qui mène au centre-ville? Je suis celui qui spraye les affiches publicitaires de McDonald’s et des steak houses. Je suis fasciné de voir que d’autres personnes ont aussi commencé à le faire.»

Potache, Morrissey? Oui, même quand il salue les grandes figures de la chanson francophone qui hantent ses concerts. «J’ai toujours aimé la dramaturgie hautement superficielle de la musique française, Charles Aznavour avec «Emmenez-moi» par exemple (montré sur grand écran pendant cette tournée). Edith Piaf portait une petite robe noire et chantait sur une scène vide sans grande amplification et elle faisait trembler les murs.» Le fantôme de la môme de Belleville hantera peut-être Les Docks. Et si le mauvais garçon était plus fleur bleue que fleur du mal?

DERNIERE MNUTE: le concert de Lausanne ce dimanche soir est annulé. Une date de report sera très certainement annoncée prochainement, selon Les Docks.

Morrissey en concert, Lausanne, Les Docks, avenue de Sévelin 34, di 2 nov. à 20h30; complet – www.docks.chBâle, Event Halle, Messeplatz, lu 3 novembre à 20h. Places de 90 à 130 frs; rens. www.baloisesession.ch/fr/session/characters-0

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«Je n’ai pas fait d’études. Donc, on n’attendait rien de moi. Mon avenir était assez tristement entre mes mains. Il était généralement entendu que je sauterais d’une falaise»
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