Photographie

L’autoportrait suspendu de Cyril Vandenbeusch

L’artiste genevois concocte un cyanotype la tête en bas

Autoportrait suspendu

Images Cyril Vandenbeusch concocte un cyanotype la tête en bas

L’histoire de la photographie est jalonnée d’autoportraits, avantageux ou non. Cyril Vandenbeusch, lui, a choisi de se photographier nu et pendu par les pieds, à l’image d’un lièvre attendant l’heure du civet. «C’est un autoportrait de moi en mort et une référence aux vanités. C’est aussi une manière de clore la série Portraits de produits, des beaux tirages au collodion à partir de denrées diverses, que j’avais réalisés il y a deux ans», souligne l’artiste genevois. Cette fois, l’amoureux des vieux procédés a choisi le cyanotype, autre méthode du XIXe siècle à la couleur bleu de Prusse. L’image, grandeur nature, sera exposée en mai dans l’une des «capsules» de la Halle Nord, à Genève.

Il faut une certaine audace pour se faire photographier la tête en bas façon 1842; les temps de pose de l’époque exigeaient une patience qui n’est plus guère cultivée. Mardi dernier, Cyril Vandenbeusch s’est suspendu, tandis que, sous ses ordres, deux amis géraient la mise au point de sa gigantesque camera obscura, les flashs et les dix plaques de verre de 50 x 50 centimètres. «Il est un peu difficile de donner des indications tout en étant accroché par les chevilles et immobile. J’ai bougé, les flashs ont été déclenchés trop tard et le résultat est flou», rigole l’artiste, pour qui l’échec fait presque partie du charme du processus.

Recettes bancaires

Il aurait de quoi être amer pourtant, lui qui consacre un temps immense à fabriquer ses émulsions dans son atelier du quartier de la Servette. Car un cyanotype requiert un investissement que ne renierait pas la grand-mère confectionnant elle-même sa limonade. D’abord, Cyril Vandenbeusch concocte sa préparation à base de gélatino-bromure et de nitrate d’argent. Il faut cuire, broyer, laver, recuire, ajouter du bromure de potassium, une tombée d’alcool… Chimiste aguerri, l’ex-cuisinier-performeur-traiteur fabrique même ses sels d’argent, à partir de lingots achetés à UBS. L’œil gourmand, il s’aide d’un petit carnet de «recettes». Lorsque la pâte est prête, il faut enduire les plaques de verre, suffisamment vite pour que la couche soit homogène. Puis les sécher. Une fois la prise de vue réalisée, on les développe comme du papier. Le tirage nécessite encore quelques opérations délicates, parmi lesquelles la pose d’une nouvelle émulsion sur papier aquarelle précédemment acidifié, la mise sous presse de la feuille contre le négatif, l’exposition aux ultraviolets ou la révélation dans un bac. C’est tout cela que Cyril Vandenbeusch a dû refaire après la prise de vue loupée de la semaine passée. Qu’il a finalement réussie dimanche. Le développement est en cours et les prochaines étapes seront commentées sur le blog photo du Temps.

«Le bleu fonctionne bien avec ce sujet-là, il est souvent lié à la mort, au poison. Je travaille depuis longtemps avec ces procédés anciens, c’est une question de matière et de rendu. Je ne suis pas prêt à faire du jet d’encre!» lance l’artiste. Prochain projet, la transformation d’une remorque de semi en surface habitable et camera obscura, pour des voyages au long cours.

Cyril Vandenbeusch: Autoportrait vaniteux, du 30 avril au 23 mai à la Halle Nord, à Genève.

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