Festival

Simon Rattle, Krystian Zimerman et le LSO: brelan d’as à Aix

LE concert du festival a fait salle comble. Et comblé les attentes

Et Sir Simon Rattle fait salle comble

Du côté concertant, LE grand concert de cette édition a soulevé la salle comble du Grand Théâtre de Provence. C’était jeudi. Imaginez. Sir Simon Rattle à la baguette, Krystian Zimerman au piano et le London Symphony Orchestra sur scène. Autant dire le meilleur. Le choix du programme purement orchestral pouvait paraître redondant. Deux poèmes symphoniques (La Colombe sauvage et Le Rouet d’or) précédaient la 15e Danse slave de Dvorak donnée en bis pour fermer la marche. Ou com­ment emporter l’audience tout en dégageant des lignes de cohérence entre les œuvres d’un compositeur. On aurait peut-être préféré, quitte à suivre une thématique ou un fil rouge, savourer un ouvrage de Brahms – qui occupait la première partie de la soirée. L’entrée fut fulgurante. Ecoute en lévitation. Ce 1er Concerto pour piano, on n’est pas près de l’oublier.

Il y a chez le pianiste polonais quelque chose d’absolu. Une façon d’entrer dans les œuvres comme si la vie même y était engagée. Un rapport fusionnel à l’orchestre allié à un isolement intime avec la partition. De ces communions contradictoires naît un discours qui se fond dans la masse, tout en la maintenant à distance. Et on redécouvre, avec le philosophe du clavier, ce que le génie du toucher peut autoriser. Des souffles de son pour apparaître ou s’effacer devant l’orchestre. Une attaque digitale liquéfiée sous la douceur. Des tremblements telluriques pour répondre au groupe, d’égal à égal. Des claquements d’accords en guise de remparts contre l’envahissement instrumental. Et une totale maîtrise de narration pour éclairer chaque note. Avec le LSO mené sur les traces de Beethoven par Simon Rattle, dans des tempi et des nuances étirés jusqu’aux limites du possible, le pianiste a joué sur du velours. Et le public a gagné l’ivresse.

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