Scène

Théraulaz-Barbara, l'émotion au carré

La chanteuse romande chante Barbara avec sa luminosité et son humanité légendaires. Un grand moment entre deux grandes dames

Femmes et libres à la fois. La belle et fière Yvette face à la mélancolique et mutine Barbara. Plus qu’un hommage, «Ma Barbara» à voir à la Comédie de Genève est une rencontre, un dialogue qu’Yvette Théraulaz tisse avec la dame en noir, son aînée, dont la chanson «Quand reviendras-tu?» a suscité chez sa cadette l’envie de se lancer. «Vous dites des mots qui me réclament», confie la chanteuse romande avec ses formules qui viennent du ventre. Ce spectacle, c’est de l’émotion au carré: la beauté des mélodies en modulation constante de Barbara et la présence humaine, lumineuse de La Théraulaz. Avec ce sous-texte, toujours, chez notre pasionaria: rester debout, vaillante, quoi qu’il en soit.

Yvette Théraulaz est un monument. Un monument qui a ses failles et ses tourments, mais un monument. Depuis les années septante, elle a chanté l’amour libre, la fin du machisme, la justice pour tous, le droit à l’avortement. Elle a manifesté pour un commerce équitable, pour un accueil digne des étrangers, pour la protection de l’environnement. La femme autant que l’artiste est à saluer. Et puis la vie l’a bousculée et elle a su parler de cette dépression qui l’a terrassée quand son amour est parti. Elle l’a chantée même, cette zone grise de sa vie. Alors, ceux qui l’avaient aimée forte, l’ont encore plus aimée pour cet aveu de fragilité.

Combats pour le sida, pour les déshérités, pour les réfugiés. Blessures de petite fille, son père a abusé d’elle, lorsqu’elle avait de 10 à 15 ans. La chanson pour salut, seul moyen de sublimer la souffrance… Et le talent, bien sûr, si fluide, si éclatant. Barbara, comme Yvette Théraulaz, est une femme entière, engagée, militante. A la Comédie, la rencontre paraît très vite évidente.

Selon quel scénario? Une interpellation amusée. Accompagnée par le formidable Lee Maddeford au piano, Yvette alterne la reprise des standards de la grande dame en noir (le Mal de vivre, l’Aigle noir, Nantes, Hop là), avec une adresse à Barbara où le «vous» raconte le respect, mais n’empêche pas le pied de nez. Yvette rappelle ainsi la maniaquerie d’avant-concert de la star française, s’interroge sur sa fascination surannée pour la prostituée ou regrette la grandiloquence de son style dans ses vieilles années. Mais, surtout, Théraulaz dit toute sa tendresse pour Barbara, l’amoureuse passionnée, la jardinière créative, la rigolote aux blagues inattendues, la chanteuse de la première à la dernière heure. On vogue sur les titres qui font des vagues, on s’arrête volontiers sur les récits qui font des plages. Et la traversée pourrait durer, durer, sans jamais s’arrêter.

Ma Barbara, jusqu’au 20 déc, à la Comédie de Genève, 022 320 50 01, www.comedie.ch

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