Culture

La fin d’une querelle genevoise

En février, les Genevois voteront sur l’extension du Musée d’art et d’histoire et concluront une affaire qui traîne depuis presque vingt ans

Un Musée d’art et d’histoire (MAH) rénové verra-t-il finalement le jour? Le 26 février, les citoyens genevois iront voter pour boucler une affaire qui fait tousser la République depuis dix-huit ans.

Au départ, l’idée était d’offrir à Genève une grande intervention d’un grand architecte. Ça tombe bien, le Musée d’art et d’histoire, qui date de 1901, nécessite alors des travaux urgents de rénovation. Et si on en profitait pour penser à son agrandissement? Un concours est lancé. Jean Nouvel avait réussi à donner à Lucerne un centre d’art et une salle de concert dont tout le monde parlait. L’architecte star des années 90 s’occuperait donc de faire entrer le MAH dans le XXIe siècle. Jugé trop cher, le plan du Parisien, avec son restaurant panoramique et sa cour intérieure intégralement couverte d’un plafond en verre, est rangé dans un tiroir en 2002. Il en ressort deux ans plus tard sans réussir depuis à fixer le bâtiment de Marc Camoletti sur son sort.

Surcoût

Le temps passe, le projet s’enlise et la facture prend l’ascenseur. Des 80 millions prévus en 1998, les travaux sont désormais évalués à 132 millions. En 2010, le milliardaire Jean Claude Gandur accepte de mettre la main à la poche. L’homme d’affaires, collectionneur d’antiquités et de toiles de l’abstraction lyrique, se dit prêt à donner 40 millions, pour autant qu’une aile du nouveau bâtiment porte son nom et expose une partie de ses collections mises à la disposition du musée pendant 99 ans. La Ville dit oui, et puis «oui, mais». Démarré sous la législature de Patrice Mugny, alors «ministre» municipal de la Culture, le dossier échoit à son successeur, Sami Kanaan, qui veut renégocier la convention établie avec le businessman. Et voilà le serpent de mer qui retourne à son nid de vipères.
Car entre-temps, les gardiens du patrimoine s’en sont mêlés, qui refusent tout net une quelconque intervention architecturale sur l’édifice plus que centenaire. Les tenants du projet et ses opposants rejouent la querelle entre les anciens et les modernes. Reste que les anti récoltent suffisamment de signatures pour lancer leur référendum. C’est sur lui que les citoyens iront voter dans quelques semaines. En 2010, le scrutin avait réussi au nouveau Musée d’ethnographie. Pas sûr que le plébiscite accompagne cette fois l’extension du MAH. Au-delà des problèmes d’argent, la campagne va aussi faire ressurgir les questions qui fâchent, notamment autour des collections d’une institution dont on prétend que la plupart des trésors dorment dans ses sous-sols. Une seule certitude cependant: en l’état, le Musée d’art et d’histoire ne tiendra pas debout encore dix-huit ans.

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