Disparition

Michel Delpech, le soleil noir de la mélancolie

Sur les réseaux sociaux, chacun se souvient à sa manière d’au moins une de ses ballades nostalgiques. Quitte à fustiger la mort du chanteur annoncée par Michel Drucker. Trop tôt, trop vite

Sur Twitter le 1er janvier, le journaliste d’Aisne nouvelle Olivier DSR a-t-il regretté son «On est en 2016 et Michel Delpech est toujours vivant. Poke Michel Drucker»? En juin dernier, l’animateur de France 2 avait annoncé la mort prochaine de son «pote» (LT. ch, 16.06.2015), à l’agacement presque général suscité par le revendiqué «confident des plus grands».

Que voulaient-ils dire, l’un et/ou l’autre? Que cachait ce dévoilement funeste, suspect de virer au «commercial»? Que Delpech ne serait «plus là en septembre», point. Et quel était celui, des deux Michels, qui en avait la préscience? Un troisième Michel l’a rappelé sans fard sur Facebook dimanche, peu après que l’on eut appris la nouvelle:

«La fin d’une souffrance aussi intolérable ne me rend pas triste, a-t-il écrit. Quelle volonté chez ce poète […] qui a prolongé les prévisions sinistres et déplacées qui ont accompagné ses derniers moments quand ils ne l’étaient pas.» Signé: Michel Polnareff.

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Johnny Hallyday a préféré Twitter pour regretter cette «bien triste nouvelle année». La mort vous va si bien… Pour Paris Match, le nervalien «soleil noir de la mélancolie» s’est posé «des questions existentielles». Puis peu à peu, Delpech a disparu des studios, des télés, des galas: «Le chanteur a la plume sèche mais sa gorge, elle, est assoiffée. Michel plonge. Il en parlera longuement dans son autobiographie: l’alcool, les drogues, la dépression. […] «La maladie […] avait fait de moi quelqu’un d’odieux.»

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Aux TJ de la RTS dimanche, on a aussi vu cet angélique garçon qui, tout jeune, faisait déjà «partie du patrimoine français». Qui se décrivait lui-même comme «antipathique» aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas, «d’un naturel assez timide, peu engageant». Exactement comme il est réapparu ce 3 janvier dans la diffusion d’un Vivement dimanche déjà «en boîte»: plutôt distant, observateur, voire froid avec ses copains de duos. Chez Drucker. Encore. Qui remettra le couvert le 23 janvier prochain.

Sur Twitter, le journaliste Benoît Jacquemart avait déjà ironisé: «La vache de belle émission «formidable» que #Drucker va pouvoir nous faire.» Mais cette émission, «c’était bien, c’était chouette», aussi simple que «Le Loir-et-Cher». A la gloire de celui qui a fabriqué tant de souvenirs et contribué à ce que les couples se séparent par consentement mutuel («Les divorcés»):

Permanence de l’artiste, aussi, selon Patrick Bruel sur Twitter: «Je ne me souviens pas d’une période de ma vie qui ne soit ponctuée d’une de ses chansons.» Même la jeune chanteuse Louane, née en 1996, y est allée de son couplet de mini-mémoire: «C’était bien chez Laurette/On y retournera/Pour ne pas l’oublier, Laurette/J’aime vos chansons.» Plus grave, le président Hollande a joué l’opportune carte républicaine: «Il nous avait dit que Marianne était jolie. Elle pleure un de ses meilleurs chanteurs.»

«Le visage émacié, un sourire d’une tristesse abyssale, juge L’Obs. Michel Delpech avait le visage de la mélancolie. Et le désespoir chevillé au cœur. Depuis longtemps, très longtemps.» Il était la figure du spleen moderne. Dès 1975. En même temps qu’il s’impose «comme tête d’affiche», il sort «Quand j’étais chanteur», «ou l’histoire d’un artiste vieillissant, retraité, fatigué, qui ramène à lui les souvenirs de ses fastes années». «El Desdichado» de Nerval: «Le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé.» Mais «il a laissé des mots venus du cœur pour ne pas mourir tout à fait», s’est émue Ségolène Royal.

Pendant ce temps, pour des milliers d’anonymes, la mort a été déchirante; ils se sont gravement accrochés en réentendant ces mélodies et cette voix chaude tourner dimanche, encore et encore, en boucle, comme un vieux 45 tours coincé ad vitam æternam dans un mange-disque.

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