Classique

De nouveaux instruments pour embellir l’Orchestre de la Suisse romande

Fondé en mars 2014, un fonds se destine à améliorer la qualité instrumentale de l’orchestre. A une année du premier projet, tour d’horizon d’une aventure gagnante à tous niveaux

Les meilleures idées naissent du hasard. Et de la nécessité. Lorsqu’il a fallu envisager de remplacer le «vieux» Steinway de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), car 15 ans, pour un piano de concert, c’est déjà l’âge de la retraite, la direction de l’ensemble s’est naturellement tournée vers des donateurs. La Fondation Francis & Marie-France Minkoff a généreusement offert un beau modèle D, noir verni, de 2,75 mètres. Choisie à Hambourg dans les ateliers du célèbre fabricant allemand, la bête de scène a été inaugurée le 24 octobre 2014 lors du Concert de l’ONU avec Jonathan Nott à la baguette et Nelson Goerner au clavier. Une acquisition heureuse qui aurait pu s’arrêter là.

Mais le besoin de renouvellement du piano à queue a fait germer d’autres désirs. La rénovation du parc instrumental de l’OSR n’est pas nouvelle. Mais sa mise en œuvre s’est précisée et a pris une tournure originale. Après l’achat du nouveau piano, il a été décidé de vendre l’ancien aux enchères. La particularité de l’aïeul? Il était signé d’une trentaine de grands solistes l’ayant joué au cours de sa carrière au Victoria Hall.

Le lundi 10 novembre 2014 au soir, un commissaire-priseur de la maison Christie’s se déplaçait gracieusement de Londres pour cette première du genre. «Florestan» est parti pour 70 000 francs vers le Conservatoire de musique de Genève. Cette jolie somme a été attribuée à l’achat d’autres instruments, et la vente publique a représenté une belle occasion de faire connaître les besoins de l’institution.

330 000 francs de dons

De nouveaux auditeurs, séduits par cette aventure, ont souhaité participer eux aussi au mouvement. Le bouche-à-oreille et une politique beaucoup plus ciblée et organisée de donation et de mécénat se sont mis en place autour du nouveau fonds d’instruments. Dès le lendemain de la vente aux enchères, d’autres dons ont commencé à arriver. Ils ont notamment servi à financer une trompette allemande. À peine un an plus tard, où en est-on? C’est avec une somme globale de 263 000 francs (Steinway neuf inclus), à laquelle il faut ajouter les 70 000 de la vente aux enchères, que l’année 2015 s’est close. Une tentative plus que concluante: gagnante à tous les niveaux.

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À l’heure où les subsides publics sont revus à la baisse, la recherche de fonds est devenue plus que jamais essentielle. Pourquoi une action spécifiquement en faveur de l’achat de nouveaux instruments? «Parce que la qualité, la sonorité et l’identité d’un orchestre passent aussi par ses outils, et que les musiciens ne peuvent pas s’endetter toute leur vie pour jouer sur des instruments de valeur. De notre côté, nous n’avons pas les fonds disponibles pour acheter des instruments, même s’ils sont indispensables», déclare la présidente de la fondation Florence Notter, initiatrice du projet. «Il est essentiel de pouvoir offrir un confort de jeu maximum aux musiciens et une beauté sonore supérieure à l’orchestre pour obtenir encore plus de rayonnement et de progression technique et musicale. C’est très stimulant pour tout le monde», renchérit Henk Swinnen, directeur général de l’institution.

Vidéo. La soliste Sarah Rumer compare les flûtes en bois et en métal.

Quels sont les élus et pourquoi? Le régisseur général Guillaume Bachellier explique. «La fondation dispose d’une somme fixe annuelle pour leur entretien, réparation ou amélioration. Mais avec l’évolution et la diversité des répertoires, nous avons aussi besoin d’instruments particuliers, demandés dans certains ouvrages. Les musiciens ne peuvent pas s’en acheter pour quelques concerts seulement et la location est une solution insatisfaisante en termes de préparation et de qualité.»

«Il y a des spécificités de style: baroque, romantique, classique ou contemporain. Mais aussi des factures particulières selon les pays. Certaines œuvres réclament des couleurs instrumentales spéciales. La trompette allemande par exemple, à palettes et non à pistons, correspond à l’esthétique d’un certain répertoire, qui demande un son plus rond ou plus moelleux. Les flûtes en bois ou métal ne répondent pas aux mêmes critères. Certains cuivres sont spécifiques de Bruckner ou de Wagner (le tubène, notamment). Ce renouvellement participe au développement artistique de l’orchestre. La plupart des musiciens sont propriétaires de leurs instruments. On les engage avec. Mais les plus imposants et lourds appartiennent à l’OSR et restent en salle de répétition, attribués à un interprète. D’autres sont plus particuliers.»

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Neuf ans d’attente

Dans la liste des possessions de l’OSR figurent le tuba, le piano, les contrebasses, les harpes, le contrebasson, le hautbois d’amour, le tubène et les percussions dont il faut constamment enrichir l’instrumentarium. Un investissement hors budget est ainsi nécessaire pour compléter l’apport de la fondation. Il faut parfois attendre très longtemps pour obtenir de nouveaux instruments. Plusieurs années pour une contrebasse Krattenmacher et jusqu’à neuf ans pour un contrebasson Heckel, qui valent tous deux dans les 55 000 francs.

Ces deux instruments font partie des besoins encore à satisfaire, ainsi qu’un tuba (28 000 fr.), un jeu de gongs thaïs (10 000 fr.), deux trompettes allemandes (12 000 fr.) et un glockenspiel (22 000 fr.). Quant aux instruments des premiers solistes des pupitres de cordes, ils font aussi partie des perles recherchées. En tête de liste, les responsables rêvent d’un violon et d’un violoncelle de prestige, dont, évidemment les prix ou les prêts sont à étudier minutieusement.

En un an, avec le piano, des dons d’importance variable de la part d’individuels ou de fondations, ont en définitive permis d’acquérir cinq trompettes allemandes (sur les sept souhaitées), une harpe, une contrebasse et quatre flûtes.

Pour récolter les fonds, Philippe Borri harmonise les stratégies. «Il n’y a pas de limite financière des dons qui sont déclarés. Et ils peuvent durer au-delà de l’épuisement des achats sur d’autres projets», révèle-t-il. Comment cela s’organise-t-il? «Soit sur un instrument précis et choisi par une personne, une fondation ou une entreprise, soit à travers la participation au fonds général, dans lequel la fondation de l’OSR désigne un ou des instruments selon l’urgence ou la nécessité.» Simple, efficace et attractif, tant sur le plan financier qu’artistique.

Renseignements: www.osr.ch (soutien et partenaires), tél. 022 807 00 00

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