Moyen-Orient

Daech a effectivement pulvérisé le plus ancien monastère chrétien d'Irak

La fureur des terroristes de l’Etat islamique passe toujours par la purification culturelle. La destruction du monastère Saint-Elie, près de Mossoul, daterait de l'été 2014, mais n'a été mise en évidence que récemment par des photos aériennes

Encore un peu de patrimoine universel qui après avoir résisté à quinze siècles de guerres, d'intempéries, de colonisation et de vandalisme, cède finalement devant les coups des djihadistes de l'Etat islamique. Le monastère Saint-Elie, situé à 30 km à l'est de Mossoul, sur une colline, a visiblement été rasé par l'organisation terroriste, comme le montrent des images satellites distribuées le 20 janvier par l'agence Associated Press. Une destruction qui n'a pas été claironnée par les djihadistes, contrairement à ce qu'ils ont fait pour le musée de Mossoul ou pour le site de Palmyre par exemple. Sans les photos satellite, le saccage serait encore inconnu. Il aurait eu lieu à l'été 2014, un peu après la prise de contrôle de la région de Mossoul, 2e plus grande ville d'Irak, par les djihadistes. 

Avant-après: le monastère a véritablement été pulvérisé. (AP)

Bâti entre entre 582 et 590, le monastère Saint-Elie était considéré comme le plus ancien édifice chrétien d'Irak. Les extrémistes auraient d'abord pillé le monastère qui compterait des manuscrits très anciens et des livres liturgiques inestimables, avant de le faire sauter. Les moines auraient été forcés à quitter le monastère sans rien emporter à l'arrivée des islamistes. 

L'escalier du monastère. Visite de soldats et d'experts archéologues en 2005. (AP) Sgt. Mitch Armbruster

L'histoire du monastère est emblématique des vicissitudes qu'a connues la région, et emblématique aussi de son passé multiculturel, lieu symbolique de la rencontre entre islam et chrétienté. Le monastère, appelé en arabe Dair Mar Elia, porte le nom du moine chrétien assyrien – Saint-Élie – qui l'a construit entre 582 et 590 AC, à une époque où les chrétiens étaient unis, avant le schisme entre Orthodoxes et Catholiques, d'où son importance symbolique. Ce fut un site sacré pour les chrétiens irakiens pendant des siècles. 
En 1743 les moines reçoivent des Perses l'ordre de se convertir, ils refusent  et 150 sont tués. Le monastère a servi de résidence à plusieurs patriarches orthodoxes syriaques jusqu'à 1790, puis a relevé de l'Eglise catholique syriaque pendant huit ans avant d'être remis à nouveau à l'Eglise orthodoxe syriaque. Des générations de moines ont prié dans sa chapelle à la lumière de la bougie, rappelle l'agence AP. Sur la porte d'entrée, avaient été creusées les lettres grecques «chi» et «rho», représentant les deux premières lettres du nom du Christ dans l'alphabet grec.

Un lieu symbolique de la rencontre ente chrétiens et musulmans qui n'existe plus. (AP) Col. Juanita Chang

Restauré en 1986 c'était un lieu visité par des milliers de chrétiens et de musulmans de Mossoul, devenant l'objet de poèmes, de peintures, c'était un lieu important pour l'église en Irak. 

Un obus l'avait touché pendant l'invasion américaine de 2003, et les Américains voulaient un temps y installer un centre de commandement avant de convoquer experts et archéologues pour restaurer et protéger le site. La guerre qui finit par sauver l'histoire? En 2008, la revue du "Smithsonian" avait publié un long article sur le monastère; "Saint-Elie est sauvé pour des générations futures d'Irakiens qui, espérons-le, auront la sécurité pour pouvoir en profiter" pouvait-on lire. Un article signé James Foley; écrit six ans avant qu'il soit lui-même tué par les militants de l'EI.

La plupart des photos récentes du monastère sont dues à l'armée américaine, prises lors de l'invasion de l'Irak en 2003. (AP) Maya Alleruzzo

«Je ne peux pas décrire ma tristesse», a confié le révérend Paul Thabit Habib, natif de Mossoul, dans un entretien toujours à l'AP. «Notre histoire chrétienne à Mossoul est victime d'une barbarie jamais égalée. Nous voyons cela comme une tentative de nous expulser [les chrétiens] d'Irak et d'éliminer notre existence sur cette terre.» 

Le sinistre décompte porte maintenant à une centaine le nombre d'édifices et de monuments détruits par l'Etat islamique. La fureur des terroristes de l’Etat islamique passe aussi par la purification culturelle.

Pour aller plus loin: Carte interactive. Ces chefs-d'œuvre du patrimoine archéologique mondial menacés par l’Etat islamique 

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