Edito

Quand la Suisse veut danser avec l’Europe

La Suisse et l’Europe n’en sont pas à leur première danse. Elles ne tarderont pas à retourner sur la piste d’ici les mois à venir

La Suisse et l’Europe vont danser un tango endiablé pendant ces prochains mois. La première doit concrétiser le vote du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse» et le temps lui est compté, car il faudra que tout soit mis en œuvre pour 2017. Autant dire que le tempo est rapide, il faut se lancer sur la piste et vite.

L’Europe quant à elle se voit prise sur un rythme encore plus frénétique dans une autre danse avec le Royaume-Uni, qui fait mine de vouloir sortir de l’Union. Il faut négocier avec ce membre de nouvelles conditions. Dès lors, impossible de le faire avec la Suisse en parallèle sans fâcher tout le monde. Les éventuelles concessions accordées au petit voisin helvétique ne pourront être que le strict reflet de celles qui devront être d’abord définies pour garder le poids lourd britannique dans le club.

L’enjeu est de taille. La sortie du Royaume-Uni serait un véritable drame à l’échelle du continent, selon les mots de Manuel Valls à Davos. Autant dire que l’UE ne va pas lâcher son partenaire historique pour privilégier cette Suisse à la marge, turbulente et qui réclame encore d’ouvrir des négociations compliquées.
Pour répondre à la volonté du peuple, le délai est serré à Berne. Il faut présenter un projet de loi début mars 2016 au plus tard pour que la Constitution puisse être modifiée dans un an. David Cameron lui aussi est pris par le temps. Il a jusqu’à fin 2017 pour organiser son référendum sur l’UE et il sait pertinemment que plus il tarde, plus il laisse le champ libre à ses opposants pour mener campagne et faire basculer les opinions.

Le premier ministre doit parvenir à un accord avec l’UE sur cette question rapidement. Un sommet à Bruxelles le mois prochain sonne pour tout le monde comme la date idéale pour renégocier les conditions d’un partenariat. Encore faut-il que ce soit un bon deal, a prévenu David Cameron jeudi dans la station grisonne.

La machine parlementaire suisse doit aussi être lancée pour respecter les délais. Bonne nouvelle, les plus hautes instances de l’UE parlent, s’entretiennent, négocient avec les conseillers fédéraux suisses qui n’étaient même pas reçus il y a un an encore. L’idée d’une clause de sauvegarde est sur la table, mais il s’agit d’un dispositif d’alarme quand il y a surchauffe, pas d’une limitation de l’immigration comme l’a souhaité le peuple. Il faut dès lors expliquer cette mécanique à haute complication qu’est le système politique suisse à nos partenaires européens. Et les rassurer sur le fait que, si la Confédération veut négocier rapidement un accord, ce n’est pas pour bousculer ou prendre de vitesse des négociations avec un pays membre.

Et si cela ne marchait pas? Le Conseil fédéral devrait gouverner dès 2017 par ordonnance sur cette question. Ce n’est évidemment pas satisfaisant et l’UDC se plaindrait que l’exécutif ne souhaite pas appliquer la volonté du peuple.
Sur le fond, reste donc à trouver une solution qui ménage le principe de libre circulation des Européens et celui de limitation de l’immigration des Suisses. Le Conseil fédéral doit donc absolument danser avec l’UE, même si cette dernière ne veut pas vraiment de ce tango.

 

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