Genève

Le canton financera la Nouvelle Comédie

Le Grand Conseil a accepté vendredi de financer à hauteur de 45 millions de francs le projet de la nouvelle salle. 
Estimée à 98 millions au total, elle devrait voir le jour d’ici à 2019 sur le site de la future gare CEVA des Eaux-Vives

Il est toujours aussi excitant qu’angoissant d’arriver à la fin d’un livre. En acceptant de participer au financement de la Nouvelle Comédie à hauteur de 45 millions de francs, le parlement genevois a assurément posé vendredi les dernières lignes d’une histoire que la République ne cesse – depuis un quart de siècle – de vouloir écrire. Celle de remplacer la vétuste salle de théâtre centenaire du boulevard des Philosophes par une autre, plus adaptée aux actuelles productions, dans le futur quartier de la gare des Eaux-Vives.

Pour autant, un peu plus tôt dans journée, rien n’indiquait que le récit allait se conclure sur une note positive. Si l’aversion de l’UDC et du MCG – vis-à-vis d’un projet jugé trop onéreux, «mégalo», élitiste ou sans intérêt – n’avait aucune chance de se transformer en un amour béat, la position du PLR, parti pivot du vote, demeurait indécise.

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Rapporteur de majorité, le député Frédéric Hohl incarne l’aile bougonne des libéraux-radicaux. Celle qui déplore d’avoir été «mise devant le fait accompli», d’être contrainte de voter pieds et poings liés un projet déjà ficelé par la Ville de Genève et qui remet en cause, non seulement le prix élevé de la construction (98 millions de francs) mais aussi le coût important des charges de fonctionnement, soit 15,7 millions de francs par année, pourtant à charge de la municipalité. Face à lui, une autre aile beaucoup moins à l’aise à l’idée de devoir expliquer à son électorat que son parti avait tué la Nouvelle Comédie, et a finalement pris le dessus.

Conditions posées

Vraisemblablement, tout s’est joué la veille au soir lorsque le député Cyril Aellen pose sur la table des négociations un amendement au projet originel. Il veut contraindre la Ville de Genève à reprendre la subvention de 2,45 millions de francs que le canton verse chaque année à la Fondation d’art dramatique, organe de gestion de la future salle. Deuxième condition: toutes les charges liées à la Nouvelle Comédie doivent être assurées par la municipalité. Un moyen de graver dans le marbre le désengagement financier du canton dans le dossier et d’apaiser ainsi les angoisses d’une partie de ses troupes alarmée de l’état de santé de l’Etat, toujours très endetté. La manœuvre paie: l’amendement est accepté par 70 voix contre 25 (UDC et MCG) et 2 abstentions. Quelques minutes plus tard, c’est l’intégralité du crédit qui obtient l’assentiment d’une majorité du Grand Conseil.

D’une durée de trois ans, le chantier devrait démarrer les prochains mois. Et le temps presse, la Nouvelle Comédie étant au cœur d’un nouveau quartier qui doit sortir de terre en 2019. Situé sur l’emplacement de l’ancienne gare des Eaux-Vives, l’édifice sera relié au nouveau réseau ferroviaire entre Annemasse et la gare Cornavin. Dans les détails, cette nouvelle scène théâtrale comportera deux salles, une principale de 498 places et une modulable de 250 places. Des studios de répétition, des ateliers d’art et d’artisanat, des bureaux, un café-restaurant ainsi qu’une librairie sont au programme.

Pour l’heure, rien n’indique que le Mouvement Citoyens genevois ou l’UDC a le désir d’attaquer le versement des 45 millions en référendum. Mais leurs charges lourdes à l’encontre du projet n’ont pas manqué d’embraser le législatif. «Il n’y a aucun intérêt de créer un nouveau lieu pour l’art dramatique, au vu de la fréquentation des salles qui est proche de zéro», lance l’UDC Stéphane Florey avant d’être copieusement hué par ses camarades de gauche. «C’est un projet mégalo du magistrat municipal de la Culture qui est destiné à des privilégiés, renchérit pour sa part le MCG Pascal Spuhler. On a plus besoin de nouveaux logements que d’une nouvelle salle de théâtre!» Les applaudissements de la cohorte MCG-UDC font bondir la tonitruante Salika Wenger d’Ensemble à gauche, qui réplique. «Vous avez voté hier 5 milliards pour une traversée du lac. Et vous venez nous dire que 45 millions, c’est trop cher? La culture, je suis navrée que vous en manquiez tellement!»

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