Série TV

Avec Kad Merad et «Baron Noir», Canal+ brille en politique

La chaîne entame ce lundi la diffusion de «Baron Noir», série sur les manœuvres et haines politiques. Une puissante histoire de survie politique à tout prix, portée par l’acteur comique. Genèse du projet par son coauteur, et avis enthousiaste

La première originalité de Baron Noir, série que Canal + lance lundi 8 février, est que cette corrosive histoire politique se déroule au Parti socialiste. Hormis le démocrate Frank Underwood de House of Cards, en général, les méchants des fictions politiques sont de droite. Cela aurait-il un lien avec les positions politiques de leurs auteurs?

Baron Noir, donc, prend un premier pari. Un autre est Kad Merad; l’acteur est certes l’un des plus rentables du paysage français, il apparaît là dans un rôle et un contexte qui peuvent déconcerter ses fans.

Baron Noir raconte d’abord la campagne présidentielle du socialiste Laugier (Niels Arestrup), dont le bras droit et stratège est Philippe Rickwaert, le maire de Dunkerke et député à l’Assemblée (Kad Merad). La campagne a été financée par des fonds issus d’une agence de HLM, et la justice est au courant de ces magouilles. Rickwaert fait tout pour couvrir son mentor. Puis les deux hommes se fâchent, l’aîné écarte son dauphin. La suite se nourrit de cette opposition.

Un scénariste naguère plume au PS

A propos du choix du PS, le coauteur Eric Benzekri, qui a auparavant été scénariste pour Maison close et Les Lascars – d’autres ambiances… –, a son explication: il a lui-même été une plume du PS. «Cela ne faisait pas débat, je connaissais cet univers. Et le PS est plus intéressant, s’il s’agit d’interroger la question de l’idéalisme et des valeurs en politique.»

Baron Noir est une histoire de longue haleine. En 2007, les scénaristes Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon planchent sur une série politique pour Canal +, nom de code: La Présidentielle. La chaîne renonce. Les compères s’obstinent, songent à un long-métrage. Mais le format de la série domine toujours. Leur slogan: «Les Soprano à la Maison-Blanche.» Les Soprano, non pour la mafia en tant que telle, mais pour l’ambiguïté du personnage de Tony, et le caractère familial du clan.

Quelques années plus tard, la chaîne payante se décrispe. A entendre Eric Benzekri, ce n’est pas le succès de House of Cards qui a ouvert les portes, mais une audace de Copenhague, Borgen. «Cette série a démontré que l’on peut aborder la politique dans un environnement local, sans transposer une série américaine.»

La politique, matière spéciale

La politique. Matière de fiction à la mode, qui a toutefois ses difficultés – le caractère spécial des enjeux, le risque de déboucher sur des histoires simplement ennuyeuses. Canal + a soigné son coup avec cette distribution flamboyante, Kad Merad face à Niels Arestrup, ainsi qu’Anna Mouglalis et, parmi la troupe, le Veveysan Michel Voïta, notamment vu dans RIS Police scientifique. Cela posé, pour la fabrication de la fiction, la matière politique a sa complexité, confirme Eric Benzekri: «Nous sommes d’abord dans le divertissement. Dans le cadre d’une histoire politique, pour qu’elle fonctionne, il faut une crédibilité. On doit aborder des thématiques politiques, sans faire ni miroir ni tract d’un parti. Le défi est de rendre cette matière comestible.»

Avec un autre écueil: basculer dans une approche naïve du système, ou verser dans un «tous pourris» qu’agitent justement certains (vrais) politiciens. «Une question importante», assure le coauteur: «Nous avons cherché une troisième voie. Dans ce milieu existent des affaires financières, il n’est pas besoin de les inventer. Et si vous décrivez un monde politique où corruption et duplicité n’existent pas, qui vous croira? Mais nous voulions analyser ce contexte comme une tectonique des plaques – et que des petites fleurs poussent du béton…»

Un début remarquable

Le premier épisode de Baron Noir comporte une mention du «grand quotidien suisse Le Temps», à propos de la question de la publication des sondages les jours d’élection. Ça rend l’entreprise sympathique, mais cela ne suffit pas. Or, ce démarrage est éblouissant. Serré, tendu comme la nuque maintes fois filmée de Kad Merad tournoyant dans la nuit pour échapper à la chute, errant le jour afin de trouver des issues. Le réalisateur Ziad Doueiri excelle à chorégraphier ce suspense réellement politique, où la manœuvre est mise au service du militantisme sans cesse brandi comme motif.

Ensuite, dès le deuxième épisode, le chemin devient plus complexe. Pour développer la tension entre les deux adversaires, les auteurs empruntent des chemins parfois discutables, mais qui ne troublent pas la justesse, et la subtilité, du propos. Kad Merad se révèle immense en bête politique traquée, se rabrouant, abattue, se redressant, ployant. Le pari, patient, des auteurs et de la chaîne payante débouche sur une puissante histoire de survie politique, coûte que coûte. Cela valait la peine d’attendre.


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