Cinéma

«La Tour 2 contrôle infernale»: la mère de tous les films catastrophe

Au top du gogolisme, Eric et Ramzy pratiquent le n’importequoitisme carabiné

On se souvient peut-être des deux laveurs de carreaux incompétents (euphémisme) de La Tour Montparnasse infernale, carton inopiné de 2001. Quinze ans plus tard, un prequel nous apprend que les deux abrutis célestes avaient des géniteurs, Ernest Krakenkrick (Eric Judor) et Bachir Bouzouk (Ramzy Beédia), deux as de l’aviation militaire française. Afin de déterminer lequel ira dans l’espace, on leur paie un tour de centrifugeuse. Une heure à mille tours minute, ça fait des ravages. Le sujet précédent, un chimpanzé, ressemble désormais à une chaussette retroussée. Nos Tanguy & Laverdure ont juste le cerveau lessivé. Définitivement crétinisés, ils se retrouvent bagagistes à Orly Ouest. Au moment même où un gang de terroristes internationaux, les Moustachious, lance une opération…

Eric et Ramzy ont raté leur divorce. Le duo comique s’est retrouvé pour la série Platane et maintenant ce film catastrophe de derrière les fagots. «Gogols reloaded», titrent joyeusement Les Cahiers du Cinéma, tout réjouis par l’ovni. Titubant sur la ligne fine séparant l’imbécillité la plus pure de l’approximation rédhibitoire, jouissant de l’immunité de l’enfant qui dénonce la nudité du roi, les deux nigauds sont capables du meilleur comme du pire.

Peaux de bananes

Un examen de la vue part en vrilles délirantes quand les deux ramollis du bulbe voient tour à tour dans la lettre A «un tipi avec une barre pour laisser entrer juste les petits Indiens», une «pyramide avec un balcon», voire un «verre de Martini gelé à l’envers avec le pied coupé». Blessé aux mains et aux pieds, Bouzouk perd des dizaines de litres de sang tandis que Krankenkrick vole en se suspendant à un épervier. Un Noir déjoue in fine l’attentat lorsque, paniqué, il jette en l’air son «porte-bonheur raciste», à savoir un régime de bananes, sur lequel glisse le camion bourré d’explosifs…

Ce manifeste décomplexé du n’importequoitisme s’inscrit à la tangente du nonsense lynchien pratiqué par Quentin Dupieux dans ses comédies art & essai (Steak, Wrong, Wrong Cops, Réalité), auxquelles Eric Judor participe régulièrement, et l’absurde anar des gars du Groland (Louise-Michel, Mammuth). Quant à la morale, elle relève du déterminisme social: «Les enfants des laveurs de carreaux sont nos laveurs de carreaux»…

{1 étoile} La Tour 2 contrôle infernale, d’Eric Judor (France, 2016), avec Eric Judor, Ramzy Bédia, Marina Foïs, Philippe Katerine, 1h28.

Publicité