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Magnificat? La révolte au pas cadencé

A Antigel, un chœur de femmes polonaises s’est dressé contre l’aliénation féminine qu’impose la religion dans leur pays. Efficace, mais trop aligné pour un cri de liberté

Il y a parfois des spectacles qui font l’effet contraire de ce qui est escompté. Ce fut le cas, -pour moi, car le public était debout- de «Magnificat», pièce manifeste de The Chorus of women, dans le cadre d’Antigel. L’idée? Un cri collectif contre l’aliénation féminine qu’impose la religion en Pologne. 25 femmes qui chantent, clament, récitent à l’unisson pour se dresser contre l’idée qu’une citoyenne de ce pays n’est accomplie que si elle est mère et pénitente. Autant dire une proposition salutaire et alléchante. L’ennui, c’est que le spectacle est si aligné et martial qu’il semble appliquer ce qu’il dénonce: un enfermement. Tout de même, la charge, puissante sous la direction de Marta Gornicka, impressionne par sa frontalité.

Du chant, des litanies, des parodies, des polyphonies, du commentaire sociologique, du bavardage et même des bruits de bouche. Au Grand Central, à Vernier, The Chorus of women a multiplié les approches pour dénoncer la vision réductrice de la femme en Pologne. Le plus souvent, ces 25 interprètes d’âges et de tempéraments différents, martèlent des propos sur le mode du leitmotiv injonctif, celui que subissent les Polonaises depuis des générations. «Jésus est beau, il te protégera, il te donnera la fertilité» ou «je dois toujours appartenir à quelqu’un». Tout commence d’ailleurs en prière, avec un Je vous salue Marie récité en avançant vers le public et ponctué d’un martèlement de pieds. La colère est claire. Plus tard, les choristes observent avec humour que le catholicisme est si puissant dans leur pays que les athées soi-disant libérés continuent à se marier à l’église et à baptiser leurs enfants. Il y a aussi ce beau passage de polyphonie qui raconte un concours dont la récompense permet de construire en lego le foyer idéal…

Sur un mode cadencé, staccato et parfaitement coordonné, les différents morceaux démontrent parfaitement à quel point le système polonais enferme la femme dans un rôle stéréotypé. Mais, paradoxalement, le spectacle manque de fantaisie, d’un pas de côté qui aurait amené un peu de folie et de respiration dans cette charge ultra bétonnée. Comme si ces femmes étaient encore et toujours privées de liberté.

Antigel, festival des communes genevoises, jusqu’au 14 février, www.antigel.ch

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